"Le Marché", Camille Pissaro, 1883.

C’est grâce à la foire Toussaint de début novembre que Bayeux (Calvados) fut au Moyen-Âge, comme à la Renaissance, une place marchande d’importance régionale. La ville était alors le débouché principal des potiers du Bessin, qui venaient y vendre le fruit d’une année de travail. 

Cette foire s’est tenue pendant des siècles dans le champ Fleuri, près du prieuré de Saint-Vigor, puis sur la Place Saint Patrice et la Place du Château (actuelle Place de Gaulle). La foire Toussaint est sans doute la plus ancienne foire de Bayeux. Lorsque l’évêque Odon, demi frère de Guillaume le Conquérant, rétablit en 1060 le monastère de Saint-Vigor-le-Grand, il lui accorda la moitié des droits perçus pendant la foire. Le chanoine Béziers confirme cette pratique en 1773 et ajoute que « la police dans la ville de Bayeux et les faubourgs appartient à l’évêque le jour de la Foire Toussaint, trois jours avant et trois jours après ». Sur ces six jours de vente et de fête, deux journées étaient spécialement consacrées à la vente de chevaux. La foire Toussaint « est célèbre par la quantité et la beauté des chevaux, surtout en poulains de deux ans », écrit l'historien Frédéric Pluquet en 1829.
un concours... sans gagnant
Cinq ans plus tard pourtant, un journaliste du Pilote du Calvados rapporte le surprenant dénouement du concours de la plus belle jument de l’année. « Quelques juments d’assez pauvre apparence, suivies de poulains de très peu de mérite, avaient été amenées aujourd’hui. Il serait difficile de rendre l’impression produite par la vue d’un aussi médiocre assemblage, dans un pays qui jadis concourait pour une part notable aux remontes de la garde impériale ». « Aucune jument ne paraissant mériter la prime du concours », le jury a donc décidé de n’en accorder aucune, « ce qui n’a pas même soulevé réclamation parmi les propriétaires ».
 un déclin annoncé
Faut-il voir là un indice du déclin de la foire Toussaint ? Toujours est-il qu’en 1883 la Société d'agriculture de Bayeux tira la sonnette d’alarme, proposant comme ultime remède à la disparition de la foire d’en changer la date. Cet épisode cocasse aurait pu inspirer Jules Barbey d’Aurevilly, qui décrit dans Un prêtre marié le tumultueux périple de deux personnages se rendant au bal de la Toussaint, organisé pendant cette grande foire.