Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais il fut l’un des plus célèbres poètes du Moyen-Âge. Wace (prononcez « vas ») est connu pour avoir écrit deux chefs-d’oeuvre de la littérature normande, entre 1150 et 1175 : le Roman de Brut et le Roman de Rou. Sa vie, son oeuvre.

Probablement achevé vers 1155, le Roman de Brut est la plus ancienne chronique en vieux français consacrée aux rois de Grande-Bretagne. En pas moins de 15 000 vers, Wace retrace avec génie l’histoire des rois du pays, depuis leurs mythiques origines troyennes, jusqu’aux légendaires aventures du roi Arthur.

L’oeuvre rencontre un tel succès que le roi Henri II Plantagenêt lui commissionne une épopée de la Normandie et de la conquête de l’Angleterre. Wace replonge aussitôt dans les manuscrits et part à la recherche de ce qui a été écrit un siècle auparavant sur l’histoire du duché.

Historien, poète et biographe avant l’heure, il puise son inspiration dans les traditions orales et recueille des informations auprès de témoins oculaires, dont son propre père. Il apporte les dernière corrections à son ouvrage presque quinze ans après l’avoir débuté. Ce Roman de Rou (pour Rollon) est une fantastique chronique des duc de Normandie, longue de 16 000 vers, malheureusement difficile à se procurer en librairie.

Mais quel type d’homme Wace était-il ? Laissons-le d’abord se présenter lui-même :

« Si l’on demande qu’il soit dit
Qui de cette histoire un roman fit
Je dis et dirai que je suis
Wace, de l’île de Jersey ».

Né à Jersey, Wace passe sa jeunesse à Caen, où il est éduqué pour devenir clerc. Il poursuit ses études à Chartres (ou à Paris) et écrit des poèmes lyriques dont il ne reste aucune trace. Le succès de son Roman de Brut lui vaut de recevoir une prébende au chapitre de Bayeux, ville qu’il ne quittera plus. Il y devient chanoine et se passionne pour l’histoire de la cité, où il se serait éteint entre 1174 et 1183.

Richard de Normandie, détail du Roman de Brut (Manuscrit datant de 1325-1350.)

La valeur historique des ouvrages de Wace a longtemps été discutée. L’histoire s’y mêle au fantastique, le certain y croise le possible. Wace est le premier à parler d’une « table ronde » et de la « forêt de Brocéliande ». Une chercheuse de Cambridge a récemment montré que les critiques à son égard n’étaient pas toutes fondées, même si Wace a eu tendance à surestimer le rôle de certaines familles (comme celles de la région de Bayeux) dans la grande histoire normande. Qui oserait le lui reprocher ?

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