Victor Pâquet, détail d’une gravure du XIXe siècle.

Curieux personnage que ce simple jardinier devenu brillant éditeur d’une célèbre revue d’horticulture.

Né à  (Calvados) en 1812, Victor Pâquet comprend vite qu’il devra se faire seul et que ses dons pour le jardinage sont un atout à cultiver. À force de travail et de patience, il acquiert, en autodidacte, une impressionnante connaissance de l’horticulture, au point de devenir l’un des spécialistes français de la conservation des fruits et légumes. Cher à sa région natale, ce bessinois de naissance reviendra régulièrement à Bayeux et à Tour-en-Bessin, où vit alors une partie de sa famille.

Victor Pâquet faisait collection de roses peintes par Edouard Maubert (1806-1879). Elles sont aujourd’hui conservées à la médiathèque de Bayeux.

Avant de devenir jardinier, membre de la Société royale d’horticulture de Paris et de maintes autres sociétés agricoles, Victor Pâquet a débuté comme simple « rouleur de brouette » au Jardin des Plantes. Il employa ses nuits à se perfectionner et s’instruisit « en gravissant tout droit la falaise à pic, au lieu de prendre des sentiers adoucis en zigzag ». Plusieurs années après, il allait obtenir de ses travaux bien des médailles et louanges.

De la Normandie, Pâquet dit qu’« elle est le sol par excellence » car on y trouve « une terre jaune, à laquelle les paysans donnent le nom impropre d’argile, car c’est une véritable et bonne terre franche ». Sa revue horticole, très diffusée, témoignait de connaissances prodigieuses et rendait compte des dernières trouvailles, des dernières évolutions de la science horticole.

Mais, à côté de considérations savantes et de rapports experts, régnait au sein de cette revue « un ton âpre et un peu rogue » que certains attribuèrent au parcours singulier de ce garçon pris de vertige par l’étendue d’un savoir acquis en si peu de temps.

« Il avait soulevé des inimitiés, confia le romancier Alphonse Karr dans un livre, autant par certaines investigations et certaines révélations légitimes et honnêtes que par le ton agressif et les allures chagrines et malveillantes de sa plume ». Heureusement, même à Paris Victor Pâquet avait ses défenseurs. « Ayant pu recevoir de l’éducation, il n’a pas cru devoir en faire des tragédies », saluèrent certains; « il a compris que l’égalité ne consiste pas à être tous la même chose, mais à arriver au même degré d’excellence chacun dans son état », affirmèrent d’autres.

Quelle fragilité secrète cet homme au redoutable franc-parler cachait-il, pour se faire « brûler la cervelle » à 37 ans ? Nul ne le sait mais l’on continua longtemps de mettre à profit les enseignements de celui qui « courait tous les jardins ».

Anecdote : Comment il exauça un amoureux des plantes
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Loin de garder pour lui les « secrets et procédés » de la culture des plantes, Victor Pâquet avait à coeur de faire connaître ses connaissances au plus vaste public car, disait-il, « pour les vrais amis du progrès de la science horticole, rien ne doit se faire sous le boisseau ». Fidèle à cette philosophie, il aiguilla le journaliste et romancier Alphonse Karr dans sa recherche d’une souche d’arundo donax, plante rare qu’il désespérait de cultiver un jour. Triste et découragé, Alphonse Karr fait part de son malheur à notre Victor Paquet, qui lui conseille d’écrire une lettre dans sa revue horticole pour que « quelque amateur riche et cependant généreux » lui envoie son précieux roseau.

Une semaine s’était à peine écoulée que le journaliste recevait une petite caisse contenant une jolie touffe d’arundo. La semaine suivante, trois touffes arrivèrent de banlieue parisienne, puis huit de province. Un mois après le courrier d’Alphonse Karr, c’est un camion des Messageries royales qui, parti de Parme en Italie, dépose à Paris une énorme caisse contenant « trois touffes immenses, une forêt d’arundo donax ! ».

Tel l’apprenti sorcier du poème de Goethe, Alphonse Karr ne maîtrise plus l’élan de générosité qu’il a suscité. Exaucé, mais un peu inquiet, il publie une seconde lettre dans la revue de Victor Pâquet, et conclue par ce vers de Virgile : « Claudite jam rivos ! Sat prata bibere ». Fermez les ruisseaux, les prés ont assez bu !

 

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