"Colomby/Thaon le Jour J. Attaque de la 21ème Panzer Division contre les Canadiens." illustration de Paul Cherrier (2012)

Le 6 juin 1944, dans le secteur de Juno Beach, les troupes canadiennes parvinrent globalement à éliminer les défenses côtières allemandes de Grayes à Saint-Aubin, puis à s’insérer en profondeur vers l’intérieur des terres nettoyant les bourgs de la Thue et de la Mue, et les bourgades de Colomby, Basly, Beny sur l’axe routier Caen-Courseulles. Les pertes furent lourdes, 20% d’hommes hors de combat. Si à la tombée de la nuit il reste encore dans ces villages des tireurs isolés, les Canadiens ont rempli en partie leurs objectifs, face à une 716eme Infanterie-Division qui a été presque entièrement volatilisée.

Dans la soirée, le gros des Canadiens français du Régiment de la Chaudière étaient à Colomby-sur-Thaon, ou occupés à batailler dans les carrières de Fontaine-Henry. Ayant débarqué après la première vague, leurs pertes furent plus faibles que dans les autres régiments. Toutefois n’ayant pas eu affaire par chance aux éléments blindés ennemis le D-Day, il y avait tout lieu de penser qu’une contre-attaque se profilait contre le secteur canadien. Ainsi, pour contrôler la route Caen-Courseulles, la Compagnie A des Chaudières s’établit au sud du village de Colomby, et heureusement comme nous le verrons renforcé par 2 pièces antichars de 57mm…

« Halt, halt, zurück !! »

Le début de la nuit fut calme, juste perturbé par le tir de quelques tireurs embusqués. Soudain, au loin à deux heures du matin se fit entendre un bruit de véhicules venant du sud-est. Au départ, les Chaudières pensèrent à une colonne amie, puis cette unité s’arrêta à proximité d’un carrefour, à seulement quelques dizaines de mètres et les occupants des véhicules en descendirent. Les hommes pouvaient entendre de plus en plus clairement des conversations en Allemand. L’un d’eux, sentant que quelque chose ne tournait pas rond, hurla soudain : « Halt, halt, zurück !! ».

Un échange de coups de feu eut lieu, une meule de foin s’enflamma très rapidement, permettant aux défenseurs Québecois de bien distinguer la colonne.

Toutefois les Panzergrenadieren reçurent l’ordre de foncer sur les Canadiens au pas de charge. Le 57 mm près de la route abattit le premier véhicule, avant d’être pulvérisé à son tour. Ensuite, l’un des derniers véhicules de la colonne fut détruit par le 57 mm du caporal Roy, installé plus loin, créant très vite un chaos impressionnant, tous les véhicules étant bloqués sur la chaussée.

Les carcasses flambantes illuminant les alentours offrirent des cibles de choix au canon de Roy, aux fusils-mitrailleurs et autres armes légères des Canadiens.

Ce combat sanglant se prolongea toute la nuit, tout le long de la route plusieurs dizaines de Landser furent massacrés, sans aucune chance de se mettre à couvert. Au petit matin, on compta 17 à 19 véhicules détruits, ils n’étaient pas des Waffen SS mais tout de même des troupes de bonne qualité, appartenant au 192 Rgt. de Panzergrenadieren (21. Panzerdivision).

La nature exacte de cette colonne est mal connue

Il n’y avait en tous cas pas de véritables tanks, sans aucun doute des half-tracks, des véhicules de transports blindés et de simples camions. Toutefois, vu que les deux 57 mm furent détruits, on peut penser qu’il y avait un ou plusieurs semi-chenillés équipés de canons.

Roy fut retrouvé agonisant à déplorer des morts sur sa pièce d’artillerie

Mais les Canadiens ne furent pas pour autant épargnés, ils eurent plusieurs tués, notamment le lieutenant Anthony Ladas, officier de haute qualité et le caporal Roy fut retrouvé agonisant à déplorer des morts sur sa pièce d’artillerie, des blessés mais aussi une quinzaine de prisonniers furent capturés par les Allemands, dont le capitaine Pierre Vallée, qui a apporté de précieux éclairages sur ce combat, mais aussi le caporal Lebel, le soldat Bigras, étant parvenus avant le lever du jour à se replier.

Cet engagement très violent est en fait la toute première rencontre entre les soldats canadiens et les unités blindées allemandes. Effectivement à partir du 7 juin les Canadiens eurent à affronter les téméraires Panzerdivisionen de la Waffen SS pendant plus d’un mois au nord et à l’ouest de Caen !

Retour sur les lieux, en images

En allant vers le fameux carrefour, à la sortie de Colomby. Les Chaudières étaient postés aux alentours.

Entrée de Colomby, à proximité du carrefour.

L'ex route principale Caen-Courseulles, en regardant direction Caen. A cet endroit fut anéantie la colonne blindée des Penzergrenadieren.

Vue du carrefour, cette fois en regardant vers le nord. Les soldats canadiens et les canons antichars se trouvaient à proximité de cet embranchement.

Autre vue de la route Caen-Courseulles, mais plus au sud, entre Villons et Anisy. Cette route fut empruntée par les véhicules allemands, qui furent donc écrasés en haut de la colline, à côté de l'actuel chateau d'eau.