Pour suivre au plus près le Jour J, les journaux du monde entiers ont envoyé en Normandie des dizaines de journalistes aguerris. Le magazine Life publiait chaque semaine les clichés de ses photographes, dont ceux de Robert Capa. Il s’en arrachait souvent plus d’un million d’exemplaires aux Etats-Unis.

Courageux, talentueux, les reporters de guerre du Jour J ont toutefois parfois pris quelques libertés avec la vérité.

Voici comment était décrite l’image ci-dessus, dans le numéro de Life du 3 juillet 1944 :

« Bayeux, la première et plus grande ville française libérée par les Alliés, a la même allure aujourd’hui qu’en 1939. Quand les Britanniques l’ont capturée, le 7 juin, 24 heures après le premier débarquement, elle était restée intacte, épargnée par les combats alentours. Sur cette photographie, des officiers Britanniques descendent une rue de Bayeux, sans armes, ni précipitation. Derrière eux, la vitrine d’un magasin présente une élégante robe de soirée. A Londres, il s’est vendu bien peu de robes de soirée depuis plus d’un an. Cette opulence modérée est typique de Bayeux. Le commandement allemand y a réduit le pillage et le travail forcé au minimum. Des observateurs alliés, surpris par l’apparence normale de Bayeux, ont découvert ensuite que les autres villes normandes ne vont pas aussi bien. »

Ce n'est pas une robe !

Deux semaines plus tard, Life publie le courrier suivant, envoyé par un lecteur attentif : « Vous écrivez qu’une robe de soirée de grand style est présentée dans la vitrine, comme on n’en verrait même plus à Londres. Je suis passé plusieurs fois devant cette vitrine quand j’étais en Normandie. Je l’ai minutieusement examinée. Ce n’est pas une robe de soirée. Le mannequin est drapé de trois bouts de tissu plutôt miteux. Le vêtement est bleu, blanc et rouge. Il a été réalisé juste après le Jour J, en signe de ferveur patriotique et pour fêter la libération de la ville. »

Une petite recherche sur Internet nous informe que l’auteur de ce courrier n’est autre que John W. Vandercook, journaliste à la National Broadcasting Company (actuelle NBC). L’honneur est sauf : l’erreur du reporter de guerre a été corrigée… par un autre reporter de guerre.

Contribution d'un lecteur :

Un lecteur a eu la bonne idée de zoomer sur la photo et de l'inverser pour lire l'enseigne qui se reflète dans la vitrine du magasin.

zoom

Résultat : en haut, on peut lire l'enseigne Bata, le célèbre fabricant de chaussures. Juste en dessous, on devine le mot "remmaillage" (ou remaillage), une activité courante pendant la guerre : elle consistait à réparer les mailles d'un tricot abîmé.

Merci à Erik pour sa contribution.