"Un cadeau de Pâques", par Charles Walter Stetson - 1896

C’était une tradition fort ancienne et encore bien vivante il y a un siècle, quand le journaliste Georges Dubosc écrivait : « Les oeufs de Pâques, les oeufs « pâquerets», comme on dit encore en Normandie, inauguraient l’année naissante, qui commençait à Pâques avec le retour du beau temps et des fleurs. Il en fut ainsi jusque sous Charles IX, jusqu’en 1565, où le premier jour de l’an fut déplacé et reporté au 1er janvier. Mais, comme les bonnes habitudes ne se perdent jamais, l’usage de se faire d’agréables cadeaux ne se perdit pas et on continua à s’entre-donner des oeufs de Pâques ».

"La mariée, un dimanche de Pâques", par George Hitchcock - 1904

Pendant tout le Moyen-Âge on avait connu la Procession des oeufs, pendant laquelle « clercs, et gens de loi se réunissaient, avec sonnettes et tambours, lances et bâtons. Le cortège s’arrêtait à l’église pour chanter les Laudes, puis allait de porte en porte quêter les oeufs ». Au XIXe siècle, la cueillette des oeufs « pâquerets » était accompagnée d’une de ces chansons de quête naïves et simples, comme celles du Jour de l’An ou des Rois. En Normandie, les chansons étaient plutôt drôles et l’historien Pluquet raconte qu’à Bayeux « de lamentables chanteurs, accompagnés de violons discordants, chantent la Passion et la Résurrection aux portes des maisons pendant la Semaine sainte. Ils entremêlent souvent leurs pieux cantiques de couplets goguenards, reçoivent de l’argent et des oeufs, et vont passer la nuit au cabaret ». « Cet usage est fort ancien, et la révolution n’a pu le détruire », remarque Pluquet, un peu grincheux... On quêtait encore les oeufs de Pâques en Normandie au tournant du XXe siècle. « De porte en porte, raconte Georges Dubosc, ils font leur cueillette traditionnelle, et tous, depuis la fermière, habituée à cette demande annuelle, jusqu’au plus pauvre, placent les douzaines d’oeufs dans le panier des petits quêteurs. Parfois même, ils reçoivent un poulet ou des fruits. Le vieux sacristain, lui, distribue de grandes hosties blanches, du « pain à chanter » qu’on gardera précieusement. Quand la tournée sera terminée, les petits « cueilleux » se partageront la récolte ».