« Une jeune paysanne », Henry Bacon (1883)

« Je trouve que nous sommes injustes envers les paysages de cette belle Normandie, où chacun de nous peut aller coucher ce soir. On vante la Suisse; mais il faut acheter ses montagnes par trois jours d’ennui, les vexations des douanes et les passeports chargés de visas. Tandis que, à peine en Normandie, le regard, fatigué des symétries de Paris et de ses murs blancs, est accueilli par un océan de verdure. »

C’est sur cette invitation à prendre la route pour la Normandie que débute le dernier roman de Stendhal. L’action de cette oeuvre inachevée prend place dans une Normandie romantique, dont l’écrivain se plaît à faire l’éloge: « Les tristes plaines grises restent du côté de Paris, la route pénètre dans une suite de belles vallées et de hautes collines; leurs sommets chargés d’arbre se dessinent sur le ciel, non sans quelque hardiesse, et bornent l’horizon de façon à donner quelque pâture à l’imagination, plaisir bien nouveau pour l’habitant de Paris ».

C’est dans cette noble et paisible campagne que font pourtant jour quelques grandes tensions du XIXe siècle. Lamiel, jeune orpheline recueillie par une bourgeoise de province, ne supporte plus le conformisme et l’hypocrisie de son milieu d’adoption. Elle décide donc de quitter la province et de s’essayer à quelques libertinages, sans d’ailleurs y trouver le plaisir attendu. Bayeux apparaît rapidement dans ce roman mais d’une assez jolie manière: une duchesse au fort caractère, qui a pris Lamiel sous son aile, donne une grande réception à laquelle ne manque qu’un peu d’animation musicale. Heureusement, une troupe se rendant à Bayeux passe justement dans les environs.

La fête peut commencer : « Il avait fait venir des musiciens qui se présentèrent par hasard à la nuit tombante, lorsque toutes les jeunes femmes des cinq tables commençaient à regretter qu’on n’eût pas eu l’idée de faire finir par un bal une journée aussi aimable. Sansfin remonta en courant et annonça que Madame la duchesse avait eu l’idée de faire arrêter une troupe de musiciens qui se rendaient à Bayeux. Les arbres de la prairie se trouvèrent illuminés comme par hasard, et le bal commença pour les paysannes. »