L’Hôtel des Ventes de Bayeux adjugeait fin 2011 un tableau du peintre bayeusain Robert Lefèvre à 162 000 euros. Faisons connaissance avec ce peintre normand, devenu maître dans l’art du portrait.

Robert Lefèvre est né à Bayeux le 18 avril 1756. Dès sa plus tendre enfance, il se livre au dessin et à la peinture, n’ayant « d’autre maître et d’autre guide que la nature ». Son père l’envoie à Caen, comme apprenti auprès du procureur. Mais il continue de dessiner. À 22 ans, il monte à Paris et devient l’élève du peintre académique Jean-Baptiste Regnault. Pourquoi ne s’est-il pas à son tour consacré à la peinture historique ? Mystère. Un document parle de « circonstances particulières ». Lefèvre se borne donc à peindre des portraits, mais veut le faire en grand format. Aucune tête couronnée française ne lui résiste. Il fait le portrait de l’empereur Napoléon, des impératrices Joséphine et Marie-Louise, puis de Louis XVIII et de Charles X. Ces tableaux lui assurent gloire et richesse. Il obtient le titre de premier peintre du cabinet du Roi et reçoit la Légion d’honneur.

Napoléon Bonaparte (1811) et Pauline Bonaparte, sa soeur (1806). Cliquez pour zoomer.

Robert Lefèvre peignit aussi des citoyens ordinaires. "Citoyen Guérin". 1801

Quatre ans après sa mort, en 1830, un critique d’art écrit que : « quand ses portraits auront perdu pour nos descendants le mérite de la ressemblance, ils n’en seront pas moins précieux encore par leur étonnante imitation de la nature, par ce gracieux coloris et ce dessin pur et savant ».

Une romancière irlandaise, Lady Morgan, a raconté son après-midi avec Lefèvre. « Je viens de poser pour mon portrait chez Lefèvre, homme extrêmement agréable et instruit. Son agrément consiste dans le laissez-aller, et son instruction est celle d’une personne qui a vécu au milieu des grands évènements et des personnages remarquables. Il a cet avantage en commun avec le baron Gérard. Une demi-heure de conversation vaut presque l’un de ses superbes tableaux ».

Si tout le monde connaît Lefèvre en 1815, c’est parce qu’il a peint « l’un des meilleurs portraits de Napoléon ». 55 copies en ont été faites et Lady Morgan raconte que cette année-là « chercher à se procurer l’impériale ressemblance, était une des mille flatteries encore en usage ».