Nous sommes en 1900, partout en France les femmes lavent le linge familial dans l’eau douce et savonneuse des lavoirs. Partout ? Non ! Car à Port-en-Bessin (Calvados), c’est sur le sable et près des vagues que les lavandières se retrouvaient. Comment était-ce donc possible ?

5 km de galeries souterraines

Où serpente la rivière Aure entre Bayeux et la mer ? Impossible de suivre le cours d’eau à pied. Il semble disparaitre dans un champ, pour ne jamais ressurgir. En réalité, une partie de son chemin se fait à l’abri des regards, sous terre. Après qu’elle ait traversé Bayeux, l’Aure rencontre, dans l’arrière pays de Port-en-Bessin, un escarpement d’une cinquantaine de mètres de hauteur lui barrant l’accès à la mer. La rivière longe donc ce relief, puis se ramifie et finit par s’infiltrer dans le karst, véritable paysage souterrain façonné dans des couches calcaires. Ces nappes d’eaux captives sont recouvertes par une couche géologique imperméable. Le réseau de cavités souterraines ainsi façonné comporte plus de 5 km de galeries reconnues.

C’est à la Fosse Soucy, près de Maisons, que disparaît le bras principal de l’Aure. Il ne réapparaît que 3 km plus loin, une fois traversés tous les reliefs de l’arrière-pays. Le mot soucy désignait d’ailleurs au Moyen-Âge ces « pertes » d’eau. L’eau sous pression rejaillit à Port-en-Bessin, en sources dites artésiennes. Ces résurgences de l’Aure à Port-en-Bessin, appelées « droues », ont donc permis de s’approvisionner en eau douce au pied des falaises.

de l’eau douce sur la plage

Ce phénomène hydrographique a permis aux ménagères de venir laver leur linge en bord de mer, ce qui n’était pas sans surprendre les étrangers au pays. « Quand la mer baisse, raconte un Portais en 1894, les ménagères guettent le moment où leurs pierres individuelles seront découvertes et, cinq minutes après, quand l’apparition des droues élimine la salure des eaux, elles s’agenouillent, font dans le sable, avec leur battoir, un large trou qui s’emplit vite d’eau douce et se mettent au travail« . Cette curiosité enthousiasma aussi le père Alexandre Dubosq qui en fit le sujet d’une série de cartes postales.

La résurgence de l’Aure en bord de mer est encore visible aujourd’hui, près de la digue est de Port-en-Bessin par exemple. « Plusieurs d’entre elles sont très importantes, a dit un observateur, et forment pendant la saison des pluies des tourbillons ayant une amplitude très développée ». Ces droues sont particulièrement spectaculaires pendant les marées descendantes.

Autre lieu, même coutume : lavandières sur la plage d’Etretat en 1906 (carte postale).