Un marché à Coutances, vers 1918.

Hésitants, les Normands ? Voilà une image qui nous colle à la peau depuis des temps reculés. Mais d’où vient-elle ? À qui la doit-on ? Est-elle méritée ?

Même Jean de la Fontaine l’a écrit dans une de ses fables :

« Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère.
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand »

Il semble que la Normandie affectionne les réponses évasives. « Il s’y fait une grande consommation de mais et de si », écrit un auteur du XIXe siècle. » Mais est-ce toujours parce que les Normands manquent de bonne foi, de franchise ? « Les réponses évasives sont souvent justifiées par l’indiscrétion, ou même par l’inconvenance des interrogations. Personne n’est obligé de livrer ses opinions ou ses secrets au premier venu. Et puis une foule de questions ne sont pas susceptibles d’une réponse complètement affirmative ou négative ».

Avant que les expressions « Une réponse de Normand » et « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non » n’entrent dans la langue courante, les esprits taquins aimaient rappeler le proverbe suivant: « Un Normand a son dit et son dédit ». L’idée est la même : les Normands seraient aussi infidèles à la parole donnée que rusés dans les affaires. D’où vient donc cette image ?

L’explication la plus répandue mentionne une ancienne loi normande donnant le droit à une personne ayant signé un marché de rectifier ou d’annuler le contrat dans les vingt-quatre heures de sa signature. Il ne nous a pas été possible de retrouver un seul document original confirmant cette curiosité, mais l’explication paraît crédible. Ce qui est aujourd’hui considéré comme un défaut de caractère serait donc né d’une coutume de justice.

Une autre hypothèse a été avancée, un brin plus farfelue. Le préjugé remonterait au Moyen-Age, quand les Vikings terrorisaient les côtes européennes. Lorsqu’une bande de guerriers avait accepté, moyennant tribu, de laisser en paix la province où elle avait débarquée; une autre troupe la pillait sans scrupule, ne se sentant liée par aucun accord. Alors, mille ans plus tard, les Normands ont-ils gagné en constance et en droiture ? P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non…

« - Veux-tu que j’monte avec tai… – J’voudrais bie, mais j’ni pas d’plèche… »
Âne et Paysans vers 1930. La Normandie Pittoresque (carte postale).