Le Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de guerre est en passe de devenir un incontournable des festivals dédiés à l’actualité internationale et au photojournalisme. Un site américain n’hésite pas à parler de « la récompense la plus prestigieuse d’Europe ». Pour justifier l’organisation d’un tel Prix, la ville de Bayeux rappelle qu’elle abrite l’un des plus anciens « reportages » de l’histoire : la Tapisserie. Elle invoque également son expérience de la Seconde guerre mondiale, au prix d’une petite erreur historique que nous dévoilions ici.

Il est un épisode moins connu de la Seconde guerre dont la ville de Bayeux pourrait s’honorer. Nous sommes au lendemain du 6 juin 1944. C’est à l’hôtel du Lion d’Or, au coeur de la ville, que se réunissent les plus célèbres reporters du milieu du XXe siècle…

Capa fête son retour parmi les vivants

Robert Capa, de Life Magazine entre dans Bayeux dans l’après-midi du 8 juin. Les Allemands ont abandonné la ville, où ils ont fait peu de dégâts. Il photographie des officiers britanniques déambulant dans des rues bien entretenues. Derrière eux, une vitrine présente trois mannequins vêtus de robes estivales. « Cette opulence modérée, explique l’article publié dans Life, est typique de Bayeux. Ici les Allemands ont réduit les pillages et le travail forcé au minimum ». En fin de journée, Capa retrouve ses collègues à l’hôtel, sirotant une bouteille de Calvados à la lueur des bougies. Tout le monde le croyait mort. Un sergent pensait avoir aperçu son cadavre flotter dans l’eau d’Omaha Beach et personne ne l’avait revu depuis le 6 juin. Sa nécrologie venait juste d’être publiée.

 

Robert Capa et George Rodger, en Sicile, quelques mois avant de débarquer en Normandie.

 

Pour célébrer « son retour parmi les vivants », les journalistes lui portent un toast et débouchent une bouteille supplémentaire. Parmi eux, se trouve Ernie Pyle, l’un des plus talentueux correspondants de guerre de l’histoire. « Vous voulez vous représenter le débarquement ?, écrit-il cette semaine-là. Eh bien imaginez-vous New-York un jour d’affluence et élargissez la scène jusqu’à ce qu’elle prenne les dimensions de l’océan. C’est comme cela jusqu’à l’horizon, et même au-delà ».  « Au Lion d’Or, a écrit un historien britannique, on pouvait prendre un bain chaud, se glisser dans des draps propres, manger un bon repas, boire du bon vin. Tout un luxe qu’on ne trouvait qu’ici à ce moment-là ».

Bons souvenirs… et petits regrets

Un autre photographe de Life, George Rodger (photo ci-dessus), est arrivé au Lion d’Or quelques heures avant Capa. Il se souvient, non sans regret : « Bob (Robert Capa) avait passé un sale moment à Omaha, où rien ne s’était passé comme prévu, alors que moi, j’avais débarqué à Arromanches en étant extrêmement déçu. Le journal a bien sûr publié son incroyable reportage. Bob était encore en train de chercher son souffle quand moi je dégustais un steak au poivre au Lion d’Or…»