Port-en-Bessin, avant-port (marée haute), Seurat, 1888

« Un gros bourg, vivant uniquement de pêche, une véritable usine à poissons, dans une belle situation au pied des superbes falaises qui s’étendent en pittoresques écroulements jusqu’au rocher pointu appelé le Demoiselle de Longues ». Voilà comment le dessinateur Albert Robida décrivait Port-en-Bessin (dans le Calvados) en 1890.

On comprend ce que tant de peintres sont venus chercher en ce lieu : un village à la fois pittoresque et vivant, un paysage imposant et baigné de lumière. Peintres,  dessinateurs ou lithographes, des artistes de tous styles (et de tous talents) s’y sont arrêtés. Constant Le Nourichel n’est pas le plus connu d’entre eux mais y réalisa sa plus célèbre toile, présentée par le Musée Baron Gérard dans ce même journal. La Société Centrale des Amis des Arts en Province mentionne l’oeuvre de Nourichel dans un compte rendu d’exposition publié en 1837. La critique formulée par l’un des membres, le comte de Champfeu, n’est pas tendre : « Pourquoi donc M. Le Nourichel de Caen, dont la facilité de travail est si évidente, se croit-il obligé de mettre sur sa toile toutes les couleurs de son recueil, et encore sans les mêler ? ». Heureusement, poursuit le comte, son paysage a « des tons naturels » et « est touché de façon à faire un bon tableau ».

Vue de Port-en-Bessin, par Constant Le Nourichel, 1830

Aussi célèbre que Nourichel est oublié, le peintre pointilliste Georges Seurat fut lui aussi fasciné par le charme et l’animation de Port-en-Bessin. Seurat y est arrivé en 1888, peu de temps après l’achèvement des travaux qui ont défini l’aspect moderne du bourg et permis en grande partie son renouveau économique. C’est là, pendant un été, qu’il s’essaye à l’arabesque, accentue les forme « en tapis » et pousse plus loin qu’auparavant l’abstraction des paysages. Ce séjour à Port contribue, selon le philosophe Éric Alliez, « à donner un nouveau tour à l’aspect « décoratif » des peintures de Seurat, ce qui le rapproche singulièrement de l’entreprise de Gauguin ».

Les six toiles du port furent présentées à Bruxelles quelques mois plus tard. Ces tableaux sont aujourd’hui dispersés dans les plus grands musées du monde, à Paris comme à New-York.

Port-en-Bessin, Seurat, 1888