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En ce milieu du XVIIe siècle, loin des fastes du palais de Versailles, la France des campagnes souffre. Frappée par l’aggravation de la crise économique, la monarchie durcit sa politique pour tenter d’enrayer la progression de la mendicité.

Le jeune roi Louis XIV en a marre des pauvres, il décide donc… de les interdire. Tel est le sens de l’édit royal du 27 avril 1656, qui ordonne la création d’un Hôpital général dans toutes les villes de France, où seront enfermés «les pauvres, mendiants valides et malades… pour être employés aux ouvrages, manufactures et autres travaux».

Présentée comme une œuvre de charité, cette nouvelle institution semble partir d’une bonne intention. Mais en réalité, elle fait presque exclusivement œuvre de police.

En Normandie, comme partout dans le royaume, ceux qui sont aperçus en train de mendier risquent désormais le fouet. Pour partir à la chasse aux pauvres et faire régner l’ordre dans la ville, chaque Hôpital général possède au moins un «archer des pauvre, que la population surnomme vite «chasse-coquin» et «archer de l’écuelle».

À Rouen et à Caen, mendier c’est risquer le fouet

Un arrêt du parlement de Rouen, du 27 avril 1672, interdit la mendicité dans les villes et villages de Normandie , « sous peine des galères contre les hommes, et du fouet contre les femmes et les enfants ». Sous Louis XV (juillet 1724), les peines encourues pour mendicité sont encore alourdies : pour la première fois, deux mois de prison ; pour la seconde fois, la marque de la lettre M au bras droit ; pour la troisième fois, cinq ans de galères (pour les hommes) ou de prison (pour les femmes).

À Bayeux, un pauvre à la chasse aux pauvres

L’évêque Mgr de Nesmond conféra l’emploi d’archer des pauvres à un certain Gilles Collibert, au mois d’octobre 1666. L’emploi n’était ni facile ni bien payé. Les anecdotes à ce sujet sont cocasses. «Afin de rehausser l’autorité de Collibert, qui n’avait pour arme qu’un modeste, mais solide gourdin, et aussi le faire reconnaître dans l’exercice de ses fonctions, on lui donna une tenue peu coûteuse. Elle consistait en un juste-au-corps en drap bleu de Valognes. Trente-six boutons de cuivre, soigneusement astiqués, brillaient sur les revers, tandis qu’un large écusson aux armes de la ville, brodé en soie sur le côté gauche de la poitrine, était son insigne. Si le mirobolant juste-au-corps, dans lequel se pavanait notre archer, fit des jaloux lorsqu’il le porta pour la première fois en public, il devait en être autrement pour sa paie. Elle était plus que modeste. Quarante sous par mois, sans pitance, avec la casaque (veste) officielle pour plusieurs années, étaient peu faits pour exciter l’envie. Il y avait à peine pour manger du pain sec.» Un pauvre à la chasse aux pauvres.

 Anecdote : Le savant normand pris pour un mendiant
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Le sire de Mézerai © M-L Nguyen

Né à Ri (près d’Alençon) en 1610, le sieur de Mézeray était un historien aussi talentueux qu’original. Ses contemporains racontent qu’il ne travaillait qu’à la chandelle « même en plein midi et au milieu de l’été et chaque fois que quelqu’un venait le visiter il le reconduisait le flambeau à la main jusqu’à la porte de la rue ».

« Un des travers de Mézeray, raconte un auteur de l’époque,  était d’aller souvent vêtu comme  un mendiant. Un jour, étant en course, et vêtu ainsi, il fut arrêté par les archers des pauvres. « Messieurs , leur dit-il, en plaisantant sur cette aventure, j’aurais peine à vous suivre à pied. On racommode quelque chose à ma voiture (signe de sa fortune, ndlr), aussitôt qu’elle m’aura joint, nous irons ensemble où il vous plaira ! » ».