Certains écrits du XIXe siècle témoignent d’une ferveur religieuse que l’on peine à imaginer aujourd’hui. Voici quelques extraits de la Vie d’Antoine Gohier, un séminariste né en 1811 à Colleville-sur-Orne (actuelle Colleville-Montgomery), mort à 21 ans. L’ouvrage a été écrit en son hommage par un de ses compagnons au séminaire de Bayeux.

«Quand on se rappelle la joie des enfants à l’approche de congés, on ne peut s’empêcher d’admirer l’empressement que mettait le jeune Gohier à les éviter. Antoine savait que rien n’est plus propre que le silence de la retraite à faire croître dans les coeurs le fruit de l’amour divin. À l’âge de quatorze ans, lorsqu’il était encore en quatrième, craignant de perdre le fruit d’une retraite qui s’était faite aux approches de Noël, il demanda de ne point aller chez sa mère en vacances. Ses parents étaient venus le chercher, il se cacha, pria instamment; mais l’obéissance le força de partir.

Une autre fois, il fut plus heureux. Son frère, sans le prévenir, était venu le chercher pour jouir d’un congé accordé aux élèves dont la conduite était satisfaisante. Il était bien au premier rang; et monsieur le Supérieur le fit appeler pour lui accorder cette faveur : «Si vous me permettez de choisir» sir, dit-il, je retourne en classe. » Et il rentra aussitôt.»

Le livre détaille aussi les précautions qu’Antoine apportait «contre les dangers des jours de repos». Pendant ses vacances, il «se faisait un règlement qu’il suivait avec exactitude. Avant de sortir de la maison, il entendait plusieurs messes, pour offrir à Dieu ses vacances. Il faisait plusieurs pèlerinage à Notre-Dame de la Délivrande». Pendant ses promenades, «il s’appliquait avec soin à prévenir sa dissipation : «si la promenade est longue, disait-il, je me réserverai quelques instants pour lire et pour prier»».

Au retour de chaque promenade, il «repassait sur toutes ses pensées et ses paroles» pour voir ce qui aurait pu «s’y glisser de répréhensible». On entendit un jour Antoine Gohier prier ceci : «Ô Jésus, Ô Marie, rappelez à ma mémoire les fautes que j’ai commises contre vous et je veux les expier cette semaine par des mortifications spéciales». Que diriez-vous d’un tel programme ?

Illustrations :
A Prayer Meeting, par Niels Bjerre (1897) et Moine priant, par Édouard Manet (détail – 1865).