Un Noël de fer, d’or… et de sang. C’est dans la noble abbaye londonienne de Westminster que Guillaume le Bâtard, devenu Conquérant, devint roi d’Angleterre. Depuis la Noël 1066, presque tous les rois d’Angleterre sont couronnés en ce lieu, que le duc de Normandie n’avait pas choisi par hasard…

 

Illustration de George Bell pour un manuel d’histoire britannique (1854)

C’est sans doute là que Harold Godwinson, le vaincu de Hastings, avait été couronné un an auparavant. En choisissant le jour de Noël, Guillaume marquait aussi son attachement à la continuité religieuse chrétienne et offrait un beau symbole de sa fidélité au pape. Ce Noël légendaire fut tour à tour de fer, d’or et de feu. Noël de fer, quand les centaines d’Anglais et de Normands amassés dans la cathédrale levèrent leur arme et entonnèrent l’acclamation rituelle manifestant leur acceptation du nouveau roi. C’est aussi un Noël en or, de cet or dont est couverte la couronne du sacre, parée de treize diamants et pierres précieuses : « semblable au firmament, qui, les nuages dissipés, étincelle du feu des étoiles, la couronne d’or, ornée de pierres rayonnantes, brille de toutes parts d’une vive lumière », écrit un chroniqueur du temps.

Une cohue terrorisée se bouscule aux portes de Westminster

Mais ce fut aussi un Noël de feu et de sang. Apeurés par l’immense clameur qui s’élevait de l’intérieur de Westminster pendant la cérémonie, des soldats normands nerveux et épuisés par des semaines de marche et de combat incendient et pillent les maisons proches de l’église. Une cohue terrorisée se bouscule aux portes de Westminster. Au pied de l’autel, raconte un historien, ne restent que les évêques, quelques clercs épouvantés et Guillaume… qui tremble ! « L’effroi et le sentiment de quelque épouvantable présage paralysent ces hommes soudain face à face. Pourtant Guillaume se ressaisit et prononce, dans cette langue anglo-saxonne dont il ne comprend pas encore le sens, le serment de protéger l’Église, de gouverner avec justice, d’observer les bonnes coutumes et de s’interdire la violence. Sa voix résonne derrière lui, dans la nef vide. Puis, tandis qu’au dehors grandit la rumeur du tumulte, Ealdred marque son front de l’huile qui le fait roi ».

Photo titre : « Le couronnement de Guillaume le Conquérant ». Détail des Flores Historiarum, XIIIe siècle. (Bibliothèque de Chetham, Manchester)