©Jérôme Salvi

© Jérôme Salvi

Elle s’habille tout de blanc en hiver, notre hermine. Le pelage de cet animal, qui ne se laisse pas facilement apercevoir, se confond avec la neige qui tapissent parfois nos campagnes. En Normandie, on l’appelait létiche, ou létice. Et quelques histoires fantastiques courent bien sûr à son sujet.

«Cet animal d’une blancheur éclatante n’apparaît que la nuit, s’ébattant dans la pâle clarté de la lune», raconte l’écrivain Jean Mabire. C’est vers la mi-mars que l’hermine retrouve sa couleur d’été, brun foncé, juste avant la saison des amours. Pour les anciens d’autrefois, les létiches sont des esprits doux et folâtres. Certaines disent qu’ils portent l’âme des petits enfants morts sans avoir reçu le baptême.

Dans son joli roman folklorique Les derniers paysans (1851), Émile Souvestre a décrit sa rencontre avec ces animaux blancs comme la neige, au détour de «ces marécages connus en Normandie sous le nom de rosières» : ««Avez-vous vu ? s’écria Ferrat, en s’arrêtant tout court, c’est une létiche». Une vingtaine de petites formes blanches et gracieuses, après s’être élevées sur le marais, grandirent subitement en prenant l’apparence d’une flamme bleuâtre et se mirent à danser sur la cime des roseaux.

«Tu vois que les létiches sont des follets, dit-il à Étienne, nous sommes ici dans leur royaume, et si les follets sont, comme on le prétend, des prêtres qui ont violé le sixième commandement, il faut reconnaître que le clergé du pays compte peu de Joseph. Les anciens voyaient dans un follet isolé l’ombre d’Hélène de Troie, toujours de mauvais présage, et dans deux follets les ombres de Castor et Pollux, symbole de prospérité;mais je voudrais savoir ce qu’ils auraient vu dans ce quadrille d’ardents qui semblent nous inviter à leur bal.»

Nous regardions depuis quelques instants, lorsqu’une flamme, plus brillante et plus élevée, jaillit au milieu des joncs. «Pardieu ! s’écria le capitaine, voici la reine de la fête, ce doit être au moins la fourolle. – N’est-ce pas le nom des sorcières-follets ? demandai-je. – Oui, balbutia Ferret; il y en a qui se donnent au démon pour avoir une place parmi ces ardents».