« Snipers allemands du D Day », par Paul Cherrier (2012)

Le 6 juin 1944, une fois la réduction des « Widerstandneste » (ou plus communément nommés « WN », c’est-à-dire les points fortifiés du Mur de l’Atlantique) effectuée, les Alliés doivent libérer des villas côtières, maisons d’habitation, clochers, écoles, mairies, châteaux d’eau, corps de ferme, granges, haies…  la liste est longue ! Selon les secteurs, il faut plusieurs heures pour réduire au silence les WN, des centaines de Landser (fantassins) s’étant bien cachés, certains avec un don pour le camouflage. 

Les anecdotes sanglantes dues à des snipers sont très nombreuses pendant toute la Bataille de Normandie. Mobilisant une partie des effectifs combattants alliés dans les bourgs et dans  les vergers, les snipers contribuent sans aucun doute à ralentir l’avancée alliée le 6 juin. Seuls ou en petits groupes, isolés, ces tireurs embusqués sèment la panique parmi les Anglais, Canadiens et Américains parfois pendant plusieurs jours !

À Saint-Aubin-sur-Mer et à Langrune, il faut deux jours aux hommes du 48. Royal Marines et aux Canadiens du North Shore Rgt pour « nettoyer » les villas du front de mer et des rues adjacentes. À Bénouville, les Britanniques perdent de nombreux soldats à cause de tireurs tapis dans le clocher de l’église (cf. photo plus bas).

À Ouistreham, s’ajoutant au célèbre casino fortifié, les snipers sont un fléau pour les Français Libres du Commando Kiefer (le soldat Rollin fut tué d’une balle en pleine tête par l’un d’eux).

À Ver sur Mer, cachés dans les villas fortifiés du WN 33, ils causent dans la matinée du 6 juin bien des soucis aux hommes du 5th East Yorkshire.

Des munitions, des vivres, une gourde : de quoi tenir isolé 24 ou 48 heures

Ils sont tapis dans des greniers, derrières de petites lucarnes, enfouis dans des haies, perchés dans les grands tilleuls, marronniers, chênes, frênes (très touffus à partir de mai) les parcs de manoirs, les jardins …

Les snipers emportent juste avec eux des munitions et éventuellement des vivres dans leur Brotbeutel (fameux sac à pain) ou dans le Tornister (sac en peau de vache), une gourde, de quoi tenir 24 ou 48 heures isolés.

Ensuite, armés de patience, ils attendent le bon moment, la bonne opportunité pour faire un maximum de dégâts chez les Alliés.

Le Landser prend le temps de choisir sa proie (c’est pourquoi les Britanniques avaient volontairement abandonné tout insigne ou badge de grade trop voyant). Il épaulait son Mauser 98k (parfois équipé de lunette Zf41, mais pas systématiquement), retient comme à l’exercice sa respiration et …  en quelques instants crée un état de panique ambiant, constant, paralysant l’ennemi sur place et lui faisant croire qu’il a à faire à des forces bien supérieures en nombre et expérimentées.

 

Le sniper joue avec les nerfs de l’adversaire. Mais une fois découvert, localisé et encerclé la fuite ou le repli devient presque impossible. Il faut soit lutter jusqu’à la mort ou accepter la reddition. Dans bien des cas, la reddition est synonyme de bastonnade, voire d’exécution sommaire (nombreux cas sur Omaha le 6 juin), face à des assaillants à bout et enragés par la perte de leurs compagnons d’arme.

Découvrons maintenant le témoignage très évocateur du caporal britannique Reg Beaumont : 

« Ce fut, je crois, cinq jours après le débarquement, donc près de Tracy sur Mer. Nous cantonnions dans une ferme. Les gens nous dirent qu’un tireur isolé les ennuyait [….]. Il avait tué deux ou trois personnes ce jour-là. Dick Verding, Ecossais de Motherwell, et moi décidâmes de le supprimer. Il tirait du haut de l’église et il me parut difficile d’y grimper. Verling me fit la courte-échelle […..]. Je grimpais, en me servant d’une corde, sur ces têtes bizarres, comment appelle-t-on ca, des gargouilles ? […]

Le clocher dépassait la nef d’une quinzaine de mètres, j’en avais donc environs vingt-cinq à escalader. Je choisis une fenêtre, tout en haut, une simple fente, à la vérité. C’était la partie hasardeuse de l’opération. Si l’Allemand regardait au-dehors, il m’apercevait. Je n’avais que ma baïonnette, car je ne pouvais grimper avec un fusil. […]

De là, on ne pouvait voir grand-chose, j’en déduisis que j’arriverai derrière lui. Le gars se trouvait de l’autre côté, à environ trois mères, il me tournait le dos. J’enjambais le bord sans faire de bruit, me lançai en avant et lui plantai ma baïonnette dans le dos. Il poussa une sorte de grognement, et tomba, mort sur le coup. Je constatai que c’était un SS. Cela me parut formidable, quelque chose que je n’avais jamais fait. C’était intéressant, j’en éprouvai de la joie et, quoique j’eusse tué un homme, je n’eus aucun remords ».

Retour sur les lieux, en images

Grands parcs bordés de murs. Ce type de riches constructions, très présentes en Normandie étaient prisées des tireurs embusqués. (Villons les Buissons)

Petite tour (ancien château d’eau ?) cachée derrière un arbre, à Mathieu.

Grande bâtisse agricole, parsemée de lucarnes et fenêtres. De là, le sniper peut tirer et se déplacer facilement (Cambes en Plaine)

Front de mer à Lion sur Mer. Toutes les villas ou presque étaient barricadées, leurs fenêtres bouchées entièrement ou en partie pour ne laisser qu’une meurtrière.

Villas côtières toujours à Lion sur Mer. Les hommes du 41. Royal marines Co. durent « nettoyer » une à une ces maisons les 6 et 7 juin.

Clocher et toits à Lion sur Mer. Pour les Alliés, le danger était omniprésent !

Porte murée par les Allemands à Lion-sur-Mer. Nous sommes à la limite Est du Wn 21, que le 41 RMC libéra après de durs combats.

Vieilles maisons de bourg, rue du Point du jour à Luc-sur-Mer. Ici aussi, des snipers se seraient cachés.