Les quelque 7500 habitants actuels de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon sont les descendants de Français et d’Acadiens arrivés dans ces îles il y a plusieurs siècles, dont de nombreux Normands.

Cet archipel voisin de Terre Neuve, dans l’Atlantique nord, est constitué de trois îles principales : Saint-Pierre (qui abrite la quasi totalité des insulaires), Miquelon et Langlade. Le blason de Saint-Pierre-et-Miquelon, créé au XXe siècle, rend hommage aux courageux marins du passé : on y retrouve le drapeau basque, les hermines du blason de Bretagne et les léopards du blason normand.

Le blason de Saint-Pierre-et-MiquelonDes centaines de Normands sont venus vivre et travailler dans l’archipel au XIXe siècle, mais la pêche atteignit son pic d’activité dès le 16e siècle. Des pêcheurs bretons et normands établirent une base saisonnière à Saint-Pierre dès 1504 mais le lieu n’étant pas encore exploré officiellement, c’est le portugais João Alvares Fagundes qui annonça l’avoir « découverte », le 21 octobre 1520.

Si des centaines de Normands sillonnèrent ces glaciales côtes canadiennes, c’est moins par goût de l’aventure que pour profiter de zones très poissonneuses : où la morue abondait.

 

« Sur le bateau, ça badinait pas ! »

La pêche à la morue fut pendant plus de 180 ans le moteur de l’économie de Saint-Pierre-et-Miquelon. Les pêcheurs normands venaient principalement de la région de la baie du Mont-Saint-Michel, de Granville et d’Avranches.

« C’était un métier intraitable, explique un ancien terre-neuva dans le roman historique de Patrice Hamel, i’fallait remplir les cales, coûte que coûte, les mains griffées par les filins ou les cordages. Il fallait que les palanquées de morues déversées sur le pont soient décapitées, vidées et lavées avant d’être jetées dans la salure. Ça badinait pas, fallait faire vite ». Ce pêcheur évoque la pêche à la « morue verte », qui est salée à bord, et qui se distingue de la pêche « sédentaire », où la morue capturée près des côtes est salée puis séchée à terre.

Après ces longues et pénibles heures de travail, les morutiers rentrent au port et les marins vont se réchauffer dans les troquets de Saint-Pierre. Certains choisissent même d’y rester vivre. Pas étonnant donc que le français parlé dans l’archipel ait encore aujourd’hui des accents normands.