Claude Monet peignant, par Heinrich Burkel, 1875

La maison de Claude Monet à Giverny a ouvert il y a peu au public le salon-atelier de l’impressionniste, une reconstitution à l’identique d’une des pièces de travail de Monet, où furent reproduits du mobilier et un soixantaine de toiles. Histoire Normande revient sur cette demeure et ces jardins aux célèbres nymphéas.

Après une carrière artistique bien démarrée, côtoyant Johan Barthold Jonkind et Renoir, Claude Monet voulait trouver un lieu lui apportant quiétude et source inépuisable d’inspiration pour sa peinture. Cet endroit, véritable paradis pour cet artiste, ce fut Giverny, une longue maison en crépi rose et son jardin aux majestueux épicéas en Haute Normandie dans l’Eure.

Monsieur Monet que l’hiver ni

L’été, sa vision ne leurre,

Habite, en peignant, Giverny,

Sis près de Vernon, dans l’Eure.

Oscar-Claude Monet voulait quitter Poissy dans les Yvelines. À 42 ans et en couple avec Alice Hoschedé il désirait installer confortablement sa grande famille et peindre plus à son aise. Ses recherches le mèneront à passer vers Giverny alors qu’il prenait le train pour Paris. Il se prit d’affection pour une maison rose inhabitée dans un lieu évidemment idéal, un petit village silencieux et ses 300 habitants, près d’une rivière et aussi pratique par son emplacement, pour cet habitué des Salons, car à une heure de la capitale.

Monet embellit le jardin en y plantant des fleurs qui poussent rapidement et peuvent l’inspirer. Des glaïeuls, des dahlias et des roses trémières. En extase devant ce lieu de plus en plus idyllique il écrira alors à son ami Duret : « Je suis dans le ravissement, Giverny est un pays splendide pour moi ». Développant son talent pour le jardinage, il va donner de plus en plus de personnalité au lieu pour que ses peintures puissent refléter son état d’esprit. Ses fleurs, son art et ses émotions ne vont petit à petit faire qu’une seule et même chose, Giverny va devenir son jardin intime…

Champ de coquelicots à Giverny par Monet, 1885. «Comment quelqu’un pourrait vivre à Paris? C’est l’enfer. Je préfère mes fleurs et cette colline qui entoure la Seine à l’abri de tous nos bruits et lumières nocturnes.»

Au début, tout ne consistait qu’en un jardin à pommiers dénommé le «Clos normand» séparé du potager par une allée, il va rapidement se mettre à modifier tout ceci et développer peut après le potager et entourer la maison de fleurs. Paradoxalement, il en devient même si occupé pendant un certain temps, qu’il cessa de peindre. Il va s’inspirer pour beaucoup dans le choix des fleurs de son jardin des panneaux décoratifs de la salle à manger de l’appartement parisien d’un de ses amis Durand-Ruel. Chaque panneau avait son thème propre, tournesols, coquelicots roses ou encore jonquilles. Plus de quatre années vont être nécessaires à Monet pour achever son travail. Il va déplacer de nombreux pommiers et remplacer ceux tombés par des arbres du japon.

Différentes photos de Monet à Giverny, Dans sa salle à manger, avec sa famille, se promenant dans la Grande allée de son jardin et peignant dans son atelier. Si sa femme, Alice, se plaignait parfois que Monet «faisait tort à (ses) plantations de fleurs» il n’y eu pas de disputes et confrontations entre eux sa la manière d’organiser les jardins.

C’est l’été qu’il fallait le voir, dans ce fameux jardin qui était son luxe et sa gloire, et pour lequel il faisait des folies comme un roi pour une maîtresse…

Mais il va aussi s’inspirer de ses voyages comme celui en Hollande en 1886 ou il fut émerveillé par des champs de tulipes et plus tard se fera même conseillé par Georges Truffaut réputé alors comme le meilleur horticulteur du monde. Il va beaucoup travailler sur les jeux de lumières pour mettre en valeur la couleur de ses plantes. Par exemple, en faisant croître des fleurs bleus sous les arbres pour en renforcer avec l’ombre leur couleur naturelle. Des bouquets rouges, oranges et jaunes seront à l’inverse plantés délibérément dans la partie Ouest de son jardin pour y capter les rayons de soleil dans l’après-midi et profiter de la lueur du soir. Pour parvenir à ses fins, dans ses compositions florales Monet fut un jardinier inventif créant des grandes structures faites de  tuteurs.

Dans ses mémoires, Jean Pierre Hoschedé, beau fils de Monet, raconte que ce dernier avait une particulière aversion pour tout ce qui pouvait être des fausses cascades de pierres, des champignons gigantesques en ciment, colonnes, statues, arbustes taillés, des marguerites, des héliotropes et ageratums. Que le lecteur sache maintenant quoi bannir de son jardin !

Monet est peut-être le seul peintre d’Occident à avoir calculé son jardin, à y avoir travaillé comme à une oeuvre.

Aujourd’hui, grâce à la fondation Claude Monet et des années de travail pour parvenir à une reconstitution exacte des jardins du grand maître, la demeure de Giverny peut être visitée comme au temps de Monet. Tout y à était reconstitué à l’identique comprenant le Clos normand, le jardin d’eau et la maison, un ensemble qui ne s’embrasse pas en entier mais se parcours. Cette année, depuis avril, fut reconstitué avec exactitude le salon atelier de Monet, c’est à dire l’atelier de peinture de l’artiste à l’intérieur de sa maison. Le public peut ainsi le découvrir dans l’état où il se trouvait, il y de cela 80 ans.