On voyait autrefois, au pied des falaises de Longues-sur-mer, trois impressionnants rochers évoquant des figures humaines. On les appelait Fontenailles du nom d’un village voisin, et plusieurs légendes tentèrent d’expliquer leur curieuse silhouette.

Au temps de la contrebande de sel, raconte un folkloriste, un pêcheur qui venait puiser de l’eau de mer fut dénoncé par la fille du douanier, qui courut arrêter le fraudeur. « Mais celui-ci s’élança, l’entraîna sous l’eau, et tous deux se noyèrent ». Les filles, soeurs et fiancées des deux hommes devinrent folles de chagrin et passèrent leur vie à scruter la mer. La falaise finit par s’écrouler sur elles et seuls trois rochers restèrent debout, comme pour témoigner du malheur de celles qu’ils ensevelissaient.

trois fiancées pétrifiées de terreur

Pour d’autres, l’histoire des demoiselles de Fontenailles est celle d’un amour brisé. Trois jeunes filles, qui attendaient sur le rivage le retour de leurs fiancés, « les virent à bord d’un bateau, mais le navire se jeta sur les récifs et les marins se noyèrent », laissant les trois fiancées pétrifiées de terreur.

Mais les demoiselles de Fontenailles ont sûrement plus de choses à nous apprendre que ces légendes bien tristes. Hauts d’environ 20 mètres, ces trois immenses rochers témoignent de l’érosion constante du littoral. Ils constituaient vraisemblablement la partie la plus ferme d’une haute falaise patiemment dévorée par la mer.

La dernière des trois demoiselles s’écroula le 26 avril 1902. Elle n’avait pu résister à une nouvelle tempête, bien que des habitants aient construit une sorte de béquille en maçonnerie pour la soutenir. On sait qu’en 1745, ce même rocher faisait partie de la terre ferme. Écroulée à 70 mètres du rivage, la dernière demoiselle témoigne donc d’une érosion de la falaise d’environ 50 centimètres par an. Si les demoiselles ont toutes trois disparues, il n’est pas impossible qu’une remplaçante apparaisse un beau jour sur le rivage. Un bloc se détacha de la falaise à la fin du XIXe siècle mais cette « Jeune demoiselle » s’effondra à son tour en 1939.

Ces trois rochers pourraient à leur tour devenir d’imposantes « demoiselles ». On peut les observer non loin de Commes, à deux kilomètres de Port en Bessin.