Bien avant que la statue de Louis XIV n'y soit installée, c'est un pilori et un grand échafaud qui se dressaient en la Place Saint Sauveur, à Caen. Nous vous proposons ce troublant voyage dans le temps, avec les condamnés à mort de la place du Pilori...

À Caen, le cérémonial de l’exécution capitale est resté le même de 1463 à 1792 : « en chemise, pieds nus, la torche à la main, le condamné est conduit de la prison au parvis de l’église, où il prononce l’amende honorable, mise en scène publique de l’aveu de la faute ».

Cliquez sur la carte ci-dessous pour suivre le parcours des condamnés à mort, tel que décrit dans les documents d'époque.

Il gagne ensuite la place Belle-Croix, actuelle Place Malherbe où il s’agenouille, avant de s’engager dans la rue aux Fromages, (tragiquement) surnommée rue Monte-à-Regret, qui mène à l’échafaud, en l’actuelle Place Saint-Sauveur. Dans ses Recherches et antiquitez (1588), l’historien Charles de Bourgueville écrit :

En ceste grande place se font toutes les exécutions de justice, et sur icelle aboutissent plusieurs rues, dont les deux plus apparentes sont la grande rue sainct Sauveur, et celle des grandes Escolles, comme aussy celle qui tend vers le bourg l'Abbé et Bayeux, que l'on appelle porte Pemagnie : une autre vers la grosse tour, et une qui se nomme la rue aux Fourmages.

 La place Saint-Sauveur accueillit successivement le pilori et l’échafaud. Il arriva qu’on y suspendît le cadavre des suicidés à un gibet. 

L’historien Charles de Bourgueville a décrit le supplice du pilori de la Place Saint-Sauveur et parle de son remplacement par un échafaud de plus grande taille :

Ce pilori estoit une grosse masse de bois qui tournoit sur l'un des bouts de cet eschafaut, où estoyent punis les criminels, faussaires et parjures, qui n'estoyent condamnez à mort de ce temps là : ceste quelle punition estoit que lesdicts criminels estoyent attachez les pieds et mains en un cept, et les faisoyent en tourner par certains tours pour estre vuez par le peuple circonstant, lesquels tours de Pilory les rendoyent infâmes ; mais pour ce que l'on n'use plus de telles punitions de tour de Pilory, le vieil Eschafaut a esté demoly, et y a 1’on faict construire le grand et ample Eschafaut, lequel y est de présent, viron l'an 1548.

Tout ce cérémonial prit fin en 1792. Mais il y eut bien d'autres condamnations à mort exécutées à Caen. Sur les promenades Saint Julien, près des quais, quatre pavés faisaient frémir les badauds. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, ils servirent de point d'appui aux montants d'un autre échafaud,  montable en moins d' "une heure et demie"...