«Attaque britannique à Ver-sur-Mer », illustration de Paul Cherrier (2011)

Le secteur Gold Beach est marginalisé dans de nombreux ouvrages sur le débarquement en Normandie. Pourtant les Britanniques qui y ont débarqué avaient la lourde tâche de libérer Bayeux et de dégager le plus rapidement possible la zone allant de Ver-sur-Mer à Tracy-sur-mer, en passant par Arromanches, là où devait être construit l’un des deux gigantesques ports artificiels. Dans son livre sur L’histoire de Ver-sur-Mer (1995), l’Abbé Jean Marie déclare écrit qu’« en comparant à d’autres secteurs, les Allemands résistèrent peu ». La réalité est assez différente. En 1944, Ver-sur-Mer est défendu par plusieurs points fortifiés de qualité assez moyenne (du point de vue de la motivation des défenseurs et du matériel). Toutefois, en front de mer, sur la digue, a été aménagé le bunker WN33, défendu par plusieurs dizaines d’hommes de la 716. Infanteriedivision, servant un redoutable canon de 88 sous une impressionnante casemate prenant la plage en enfilade vers l’ouest et un autre de 50mm, celui-ci à l’air libre. C’est au 5th East Yorkshire Regiment que revient la tâche de s’emparer du lieu. Vers 7h30 le Jour-J, les LCA (petites barges d’assaut) transportant ce régiment débarquent à marée montante au milieu des « asperges de Rommel », directement à l’ouest du WN33, sous les tirs de mitrailleuse, de mortiers (projectiles de 50mm et même des 81 français, retrouvés encore plantés dans la tourbe il y a deux ans lors d’une tempête !) et d’armes légères. Sans être un enfer digne d’Omaha ou même d’Asnelles, les Tommies foncent au pas de charge s’abriter en direction des dunes. Plusieurs dizaines d’hommes sont tués ou blessés en quelques minutes. Les chars amphibies entrent en action et parviennent à se faufiler entre les obstacles du type « hérissons tchèques ». Ils n’ont pu être mis à l’eau plus tôt à cause du système imparfait de jupes flottantes des barges, sensibles à une forte houle. Branle-bas de combat parmi les défenseurs allemands du canon 88, jusque-là restés tranquilles. Ils mettent vite hors de combat plusieurs chars «crabe» Flail et d’autres véhicules, dont peut-être un Bren Carrier. De nombreux morceaux déchiquetés pouvaient encore être aperçus il y a deux ans à marée basse. Un duel s’engage entre la puissante arme antichar et un char Sherman qui approche de la casemate. Il parvient à la réduire au silence.

Mais la situation est confuse, le sol tourbeux de Ver est une plaie pour les véhicules lourds, plusieurs s’enlisent profondément. Tout se passe en réalité très vite, les Tommies du 5th East Yorks dépassent les dunes et s’infiltrent par l’ouest et le sud dans l’enceinte du WN33 (les champs de mines et les barbelés l’entourant ont dû être largement pulvérisés par l’appui de l’artillerie de marine). Les tranchées, les quelques villas fortifiées et autres ouvrages bétonnés sont littéralement submergés par ces hommes aguerris et motivés (de nombreux soldats de la 50th Division avaient participé aux opérations contre l’Afrika Korps de Rommel). Déjà abasourdis par le bombardement aérien puis naval (l’abbé Jean Marie parle de 600 tonnes de bombes lâchées dans la nuit du 5 au 6 juin !), rapidement encerclés et pénétrés de toutes parts, une cinquantaine de Landser se rendent vers 8h30, après avoir opposé une résistance courageuse mais éphémère. Une heure seulement après la première vague d’assaut, le front de mer est entièrement dégagé, le Mont Fleury et ses pièces de 122 russes (où s’est illustré le héros de l’armée britannique Stanley Hollis) et aussi dans la foulée les fortifications du phare sont enlevés après de brefs combats. La garnison allemande a subi de plein fouet l’attaque par mer. Beaucoup de recrues étaient d’origine polonaise, ou des hommes déjà âgés, peu enclins à se battre jusqu’à la mort. Quant au WN35 (situé sur Meuvaines, juste en bord de mer, il aujourd’hui presque entièrement rongé par la mer), qui résista un peu plus contre l’assaut britannique, il avait la particularité d’être entièrement composé d’une compagnie d’ex-prisonniers soviétiques ! Il nous paraît un peu excessif de déclarer qu’à Ver-sur-Mer la Wehrmacht «résista peu». En une heure, les seuls East Yorks ont perdu près d’une centaine d’hommes, dont 6 officiers devant le petit WN33. En additionnant les pertes des équipages de chars, de la Royal Navy et des autres régiments d’infanterie, les pertes ne furent finalement pas aussi minces qu’on pourrait le croire. Toutefois, il est vrai que ce charmant petit bourg côtier fut nettoyé très rapidement, surtout si on le compare à Asnelles (3 kilomètres plus à l’ouest, également sur Gold Beach) où les Allemands parvinrent à tenir jusque dans la soirée.

Retour sur les lieux, en images

Secteur où les East Yorks ont débarqué au matin du 6 juin

Le 88 allemand. Au premier plan, une douille d'obus britannique trouvée sur la plage le jour même.

Vue vers l'est depuis le toit du 88. Au fond sur la gauche le 50mm transformé en poste de secours. Entre les deux blockhaus, le gros du WN33. Il est toutefois très difficile de s'imaginer à quoi il ressemblait en 1944.

Dans le ciment, sur le toit de la casemate du 88: "BR 1944". Le nom du sous-officier responsable de cet ouvrage? Mystère.

Empruntes de bottes allemandes dans le béton.

Depuis le toit du 88, au fond le port artificiel d'Arromanches.