Toutes les paroisses n’ont pas eu les moyens de se faire construire de grandes églises avec de hauts clochers. À Fermanville (Cotentin), le curé s’est pourtant offert l’un des plus hauts clochers du Cotentin, pour un prix dérisoire…

Un curé bâtisseur

Devenu curé de Fermanville en 1653, messire Jacques Leclère, engagea dans son église d’importants travaux : élévation du pignon du grand autel, ouverture de trois fenêtres sur les côtés du choeur et construction d’une grande arcade de 19 pieds de large (5 mètres) entre le choeur et la nef. Tout cela pour seulement « 300 livres et 2 pistoles de vin ». Le tarif n’était pas exorbitant, mais c’était déjà beaucoup pour la petite paroisse et le seigneur de Fermanville, qui avait dû mettre la main à la poche.

Relevée et réaménagée, l’église pouvait attirer vers elle un plus grand nombre de fidèles. Encore fallait-il qu’ils entendent son appel… La position géographique de l’église de Fermanville n’est pas très enviable. Assise au bord d’un joli cours d’eau, elle souffre d’être entourée par plusieurs collines très pentues, et escarpées. Même à toute volée, les cloches avaient bien du mal à se faire entendre et leur son dépassait difficilement les limites du cimetière paroissial. Que faire ?

Donner l’illusion d’un véritable clocher

Le curé trouva le moyen de bâtir, à moindre coût, le clocher le plus haut de la région. Un ouvrage paru en 1893 décrit le chantier : « Tout près du pignon central se dresse une colline presque à pic et qui domine entièrement l’Église. Une cabane fut construite au sommet. La bâtière qui la surmonte donne à distance l’illusion d’un véritable clocher ». Ce faux clocher, vrai campanile, devint une curiosité locale. Il allait parfaitement remplir sa fonction : éveiller la curiosité des habitants et rythmer la vie de la paroisse. Il n’y avait plus aucune excuse possible pour manquer l’office du dimanche…

« Et le clocher tout seul, sur la hauteur assis »

Marie Ravenel, poétesse (Réthoville 1811 – Fermanville 1893)

Cimetière de l’église, au bord de la rivière du Poult. Photo : Érik Groult

 

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