"La bataille de la Londe", illustration de Paul Cherrier (2011)

7 juin 1944 : au lendemain du Jour J, les Anglais s’emparent sans coup férir du petit village de Matthieu et progressent plein sud vers Caen. Mais un obstacle se dresse sur leur route : le Château de la Londe. Ce charmant petit manoir classique du XVIIIème siècle, est devenu le fer de lance des Allemands de la 21.Panzerdivision !

Pendant vingt jours, la bâtisse est largement pilonnée, prise (notamment le 22 juin) puis perdue plusieurs fois par les Britanniques. Le 27 juin, le South Lancashire Regiment parvient à progresser avec succès mais doit reculer suite à une féroce contre-attaque allemande. Toutefois le commandement du premier corps d’armées (Général Crocker) décide de s’emparer définitivement de l’édifice en ruines.

Il est 4h15 du matin, le 28 juin 1944. Au lever du jour, par ce beau matin d’été, les compagnies B et C du 1st Suffolk Regiment, retranchées dans le hameau du Londel (un demi-kilomètre au nord du château), se lancent à l’assaut. À travers les hauts champs de blé, progressent les fusils Lee-Enfield, les mitraillettes Sten et les fusil-mitrailleurs Bren, appuyés par une mitrailleuse Vickers et des mortiers.

Mais les mortiers allemands et les Panzers IV sont là. Les chars ont été enterrés pour ne laisser dépasser que les tourelles. les repèrent. Ils déclenchent un feu d’enfer et font un monstrueux carnage parmi les Tommies.

Dès le début, les pertes sont extrêmement lourdes. Les Britanniques contournent la ferme du Londel, située dans le no man’s land. Vers 5 heures 30, ils parviennent aux abords nord du château, sous le feu direct des Panzergernadieren de deux compagnies du 192.Regiment et de certains éléments de la 16.Luftwaffe Felddivision (le JägerRgt.21).

Les Allemands s’étaient retranchés la veille derrière les murs du château. Là, patientent des Landser bien équipés, disposant de MP40 et surtout de terrifiantes MG42.

Les Allemands ont aménagé des meurtrières dans un mur en partie détruit. Ils peuvent facilement communiquer avec l’arrière par un réseau de tranchées bien organisé.

Les Anglais parviennent à atteindre l’enceinte nord, aidés par leurs fumigènes. Il ont la baïonnette au canon. Les survivants s’engagent dans un furieux corps-à-corps contre les Allemands, à la grenade Mills, à la Sten… Les gains de terrain à travers le bois du château sont lents et meutriers. Une contre-attaque  allemande appuyée par les Panzers parvient presque à déloger les Britanniques.

Entre temps, les Britanniques de la Compagnie D quittent leurs retranchements pour monter à l’assaut par l’ouest. Ils nettoient sans difficulté la ferme de la Londe (ou plutôt ce qu’il en restait) et s’avancent à découvert vers le mur ouest du château. Ils éliminent les positions creusées dans la haie qui prolongent l’enceinte nord et s’infiltrent dans le parc du château. À leur tour, ils s’engagent dans des combats rapprochés d’une extrême violence. Les Anglais parviennent finalement à s’emparer des reste du château et des dépendances. Plusieurs dizaines de Landser, blessés ou exténués se rendent aux Tommies vers 8h du matin.

Le château est définitivement tombé entre les mains des Alliés, les Allemands ne parviendront plus à le reprendre… Mais à quel prix ?

En quelques heures, le 1st Suffolk a perdu 154 hommes et 7 officiers. Même pendant le le Jour J, lors de la prise du gros point fortifié d’Hillman (au sud de Colleville-Montgomery), le régiment n’avait pas subi des pertes aussi lourdes.

Les trois compagnies s’établissent dans les vergers, au sud du château. Pendant une dizaine de jours ils doivent subir les bombardements et les tentatives d’infiltration de leurs ennemis. Ces derniers s’étaient repliés sur le hameau de la Bijude (qui finira entièrement rasé), à quelques centaines de mètres seulement au sud-ouest du château des Hauteclocque.

Les Allemands mettent en échec les tentatives britanniques de progression jusqu’au 9 juillet, date à laquelle les Alliés s’emparent enfin d’Epron et de La Bijude, puis foncent en direction du centre-ville de Caen.

Presque inconnu en France, cet épisode est célèbre en Grande-Bretagne. C’est le « Mile-carré », le secteur le plus sanglant de toute la Normandie pour l’Armée britannique.

Retour sur les lieux, en images

Le chateau de la Londe aujourd'hui.
Grand mur à l'angle nord-ouest du château. Les Allemands étaient retranchés juste derrière
Depuis le front allemand : voilà ce que pouvaient voir les Panzergrenadieren lors de l'attaque 
Vue du No man's land, depuis la ligne de front du côté britannique