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Une Indienne et ses « navets des prairies », en 1916

« Elle était d’un arôme délicieux, et même si les racines séchées étaient à peu près impossible à mâcher, on m’avait dit qu’elles étaient tendres et douces quand on les consommait fraîches. Ma mère s’est toujours demandée pourquoi personne n’avait essayé d’en faire un produit gastronomique ». Voici ce que raconte l’historienne américaine, Marjorie Warner, dans un de ses ouvrages.

Son grand-père avait bien connu un Français qui s’était passionné pour cette plante. Quelques poussiéreux livres mentionnent encore aujourd’hui son nom. On l’appelait tantôt «Le Marcipeau», tantôt «La Marpiko», mais son vrai nom était Lamare-Picquot, Christophe-Augustin.

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Dans les mains de cette squaw, une pelle pour extraire la Picquotiane. (Fort Union, 1832)

Né à Bayeux en 1785, Lamare-Picquot donna son nom à ce que les Américains appellent le «navet de prairie», une plante à tubercules aujourd’hui inconnue mais qui faillit remplacer la pomme de terre. Après un long périple dans la région des Grands Lacs canadiens, Lamare-Picquot s’apprêtait à embarquer pour la France quand on lui apprît que la pomme de terre était gravement touchée par une maladie.

Quelques voyageurs canadiens lui ayant parlé d’une plante mangée par les Indiens des Plaines, le « navet des prairies », il se lança dans un nouveau périple au coeur de l’Amérique, des rives sud du Mississippi à la région du Lac qui parle, non loin du Canada.

D’immenses espoirs… déçus

Le naturaliste nourrissait d’immenses espoirs dans cette plante dont les Indiens ne lui offraient que quelques graines et qu’il avait encore bien du mal à faire pousser. Après trois mois d’exploration, il prit la mer pour retourner en France, embarquant avec lui quelques kilos de racines séchées et 300 petites graines.

Très vite, Picquot dut se rendre à l’évidence : ce tubercule ne garnirait jamais les assiettes de tous les Européens. Il lui fallut près de six ans pour obtenir une tubercule comestible à peine grosse comme un oeuf…

Même aux États-Unis, la «picquotiane» fut progressivement oubliée. Elle disparut en même temps que les tribus sioux qui la cultivaient.