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C’est au large de la Normandie que prit fin la brillante carrière de l’Américain Raphael Semmes, capitaine du navire de guerre sudiste CSS Alabama, dans l’une des plus étonnantes batailles du XIXe siècle normand.

Histoire Normande revient sur les faits et décrypte les tableaux célèbres de la bataille.

RÉCIT DU COMBAT

19 juin 1864

La population de Cherbourg et quelques parisiens visitent le nouveau casino de la ville, sous le ciel bleu de ce dimanche matin. D’autres ont préféré aller voir ce que la statue équestre de Napoléon pointe du doigt ce jour-là, au large : le CSS Alabama et le USS Kearsarge qui s’apprêtent à livrer bataille.

Le port de Cherbourg, par Louis Boudin, 1883. © Collection privée

Après deux années de missions dans l’Atlantique, le CSS Alabama, vaisseau de la marine des Etats confédérés (sudistes), a causé de grands dommages au commerce de la marine marchande de l’Union. Il a arraisonné 447 navres et en a coulé 67. Armé de huit canons, ce navire bénéficie d’une énorme machine à vapeur, capable de propulser ses 1050 tonnes et 170 hommes à une vitesse de 13 noeuds.

 

 

 

Son capitaine, Raphael Semmes, est un personnage assez atypique en matière militaire et ses mémoires ne permirent pas de clarifier ses idées, ce dernier considérant sa carrière comme un «livre fermé».

Son sloop de guerre ayant besoin d’une bonne remise en état et de se ravitailler en eau et en charbon, il fait escale à Cherbourg le 11 juin 1864. La nouvelle de sa présence atteint rapidement un navire de la marine de l’Union, le USS Kearsarge, qui veut en découdre. Il fait aussitôt voile vers la Manche pour vérifier l’information.

Raphael Semmes, capitaine de l’Alabama. Il était surnommé « Old Beeswax » (vieille cire d’abeille), en raison de sa barbe en pointe.

Pourquoi Semmes quitte-t-il son refuge pour affronter le Kersearge, mieux armé ? La question demeure sans réponse certaine. Peut-être est-il fataliste, fatigué de naviguer Peut-être veut-il terminer sa carrière glorieusement, par une victoire éclatante.

Via le consul des États Unis, basé à Cherbourg, Semmes demande au Kearsarge d’attendre que son bateau soit réparé pour le combattre. Il s’adresse ensuite à son propre équipage :

Toute l’Europe en ces instants a les yeux rivés sur vous. Ce drapeau flottant au dessus de vos têtes est celui d’une jeune république qui a su défier ses ennemis à chaque fois et là où ils se sont présentés. Montrez au monde de quelle manière vous le faites respecter ! Tous à vos postes !

Sur la côte, le Kearsarge attend son adversaire… L’Alabama fait patienter le Kearsarge toute une semaine, à tel point que son capitaine, John A. Winslow, s’inquiète d’une ruse.

Forces en présence : Si le USS Kearsarge et ses 150 hommes n’est pas un navire aussi long et aussi rapide que l’Alabama, il dispose de deux canons de 11 pouces, plus gros que tout ce que l’on pouvait trouver à bord du vaisseau confédéré.

Winslow était né en Caroline du Nord et commandait le Kersearge depuis plus d’un an. Fin stratège, il a pris soin de placer d’énormes chaines de métal, prélevées entre autre à partir de son ancre de rechange, sur différents points faibles de la coque qu’il a ensuite camouflées en les peignant en noir.

Le Kearsarge, tel qu’en 1890.

Le CSS Alabama.

 

10:20 à Paris, 4:20 à Washington, le Kearsarge aperçoit l’Alabama qui, sur une mer tourmentée, tente coûte que coûte de l’affronter. Accompagné du cuirassé français Couronne, l’Alabama se retrouve à 11h en dehors des eaux territoriales. Il se place à un kilomètre du Kearsarge et ouvre le feu. L’attaque est lancée, un tir généralisé s’engage sur les deux bateaux qui, dans un bruit assourdissant, crachent des boulets parfois lourds de plus de 80 kilos.

 

 

Sur de petites embarcations, louées pour l’occasion, quelques spectateurs apercoivent les deux vaisseaux, barrant dans un nuage de fumée.

L’Alabama tient bon, mais sa poudre est de piètre qualité. Elle n’arrive pas à transpercer le Kearsarge. Un seul tir parvient à toucher l’hélice adverse. À lui seul, un tel coup aurait pu être fatal, mais le boulet n’explose pas !

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« Combat entre le USS Kearsarge et le CSS Alabama en 1864 » par Durand-Brager

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Après plus d’une heure d’un feu ininterrompu, l’Alabama compte déjà de nombreux morts et blessés tandis que le Kearsarge tient bon grâce à ses protections d’acier.

 

Seemes se rend compte que son bateau coule par l’arrière, il ordonne alors immédiatement de hisser les couleurs et d’évacuer le navire. Le capitaine est récupéré ainsi que 85 de ses hommes par le Kearsarge et quelques bateaux aux alentours. L’Alabama sombre.

Manet

Voulant annoncer la défaite probable des sudistes de la guerre de Sécession, Manet immortalisa ce combat naval un an après les événements.

Après un combat incessant, bien qu’il ait tiré 370 fois contre seulement 173 pour son adversaire, l’Alabama n’est plus qu’un squelette sombrant par 60 mètres de fond dans la Manche, devant des milliers de spectateurs rassemblés sur la rade de Cherbourg. Douze membres de l’équipage, dont le médecin du bord, meurent noyés.

À bord de l’embarcation d’un touriste anglais, Semmes aperçoit son bateau une dernière fois et jette son épée à la mer. Plus tard, il racontera la colère qui le saisit lorsqu’il apprit que Winslow avait protégé son navire avec des chaînes de métal. 

 

Restes de l’épave de l’Alabama, l’épée de Semmes reste encore introuvable au fond de la Manche.