Mise à feu d’un canon de 18 livres – Tableau de Louis-Philippe Crépin (1772 Paris -1851)

Voilà qui ferait presque relativiser les récents accrochages entre pêcheurs français et anglais au large de Port-en-Bessin. « J’ai souvent entendu des vieillards parler gravement de la bataille de Port », écrivait l’historien Frédéric Pluquet au XIXe siècle.

Intrigué par cette courte bataille tombée dans l’oubli, Pluquet eut la bonne idée de recopier le petit texte écrit par un témoin de l’époque. Le voici donc, en intégralité :

« Le 15 juillet 1760, cinq bateaux chargés de bois de construction destinés pour Brest furent poursuivis par plusieurs vaisseaux anglais et se réfugièrent sous le canon de la plate-forme de Port où il y avait trois pièces de 24. Les Anglais tirèrent bien vaillant 5oo coups de canon sur les bateaux et sur le village de Port; mais les boulets passaient par-dessus les maisons et venaient jusqu’au Pont-Fâtu (ancien pont sur l’Aure, près de Commes).

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La poudre manqua dans Port, ce qui fit que les François ne purent guère répondre aux Anglois. Le capitaine Padié commandant l’un des bateaux échoués eut les reins fracassés d’un boulet et mourut le lendemain à l’hôpital de Bayeux. Après que le feu eut cessé, les Anglais envoyèrent une plaque (petite barque) pour demander que les bateaux échoués leur fussent remis. On leur répondit que c’était impossible.

Le lendemain matin, on envoya une plaque de Port vers les Anglais pour les prier de ne plus tirer sur le village. Mais ils répondirent qu’ils allaient raser Port, et ils gardèrent trois officiers qui étaient sur la plaque. En effet, bientôt après ils tirèrent plus de 600 coups de canon, mais par la grâce de Dieu il n’y eut que quelques maisons d’endommagées, trois canonniers de tués sur la plate-forme, un pauvre rémouleur tué sur la falaise et cinq personnes blessées dangereusement.

Il y avait bien six mille personnes tant bourgeois que paysans armés de sabres, épées, fusils, fourches, faux, etc, sans compter les gardes-côtes et plusieurs compagnies de cavalerie, tous attendant les Anglais de pied ferme, lesquels Anglais, voyant cette bonne contenance, se retirèrent de devant Port le 16 juillet à trois heures de l’après midi. »