Couple de Hurons. Aquarelle, 1750-1780.

Dès le XVIe siècle, de nombreux missionnaires normands s'aventurèrent dans les régions les plus reculées du globe. Pour le Normand Jean de Brébeuf, le Canada fut  à la fois terre d’espérance et d’épreuves. Né à Condé-sur-Vire ou à Bayeux vers 1593, Brébeuf entra chez les Jésuites à 24 ans. Malgré l’opposition de responsables huguenots et de quelques colons méfiants envers les missionnaires jésuites, il parvînt à embarquer pour le Canada en 1625 et s’installa dès l’hiver suivant dans les tipis du Lac Huron. Cinq mois de vie errante avec un groupe de Montagnais l’initièrent à la vie missionnaire. Il fut bientôt désigné pour le pays des Hurons et parcourut en canot les 1300 kilomètres séparant Québec de la Huronie. Là-bas, il s’établit dans l’importante tribu de l’Ours. Il y apprît la langue huronne et se familiarisa avec les us-et-coutumes de ces « pauvres Peuples », au point d’en devenir l’un des plus fins connaisseurs. Quatre ans plus tard, Jean de Brébeuf fut chargé d’organiser une importante mission, prototype aux futures campagnes d’évangélisation prévues par l’Église dans le monde entier.  

Lettre de Jean de Brébeuf au Révérend Père Paul le Jeune, son supérieur de la mission jésuite en Nouvelle France (1636)

Dans une lettre à son supérieur Paul le Jeune, le jeune prêtre décrivit les conditions difficiles de sa tâche et la résistance des indiens à la foi chrétienne : « le mal est qu’ils sont si attachés à leurs vieilles coutumes que connaissant la beauté de la vérité ils se contentent de l’approuver sans l’embrasser. Leur réponse ordinaire est « la coutume de notre pays est telle». Nous leur avons ôtée cette excuse de la bouche mais non encore du coeur. Notre Seigneur le fera quand il lui plaira ». Des petits cours de catéchisme furent organisés pour les enfants et l’on offrît aux plus méritants de petites récompenses. Plusieurs enfants furent baptisés chaque année, mais les Hurons si soumirent plus par superstition que par véritable conversion. Après quelques résultats positifs, le travail d’évangélisation se fît plus difficile. Pour les missionnaires français, cette évangélisation des Hurons était une étape capitale dans la lutte contre l’« ignorance » indienne. L’alliance des Français avec les Hurons avait pourtant une contrepartie : ils s’engageaient à les soutenir contre les attaques répétées des Iroquois, leurs ennemis héréditaires. De cette redoutable rivalité, Jean de Brébeuf allait bientôt subir les conséquences... Profitant de sa bonne connaissance de la langue huronne et des coutumes amérindiennes, le missionnaire normand Jean de Brébeuf entreprend dès 1626 d’évangéliser les vastes terres « barbares » du Canada. Ses débuts sont plutôt prometteurs et de nombreux autochtones acceptent de faire baptiser leurs enfants. Mais sa tâche est compliquée par trois éléments qu’il a lui-même évoqué dans ses écrits : l’immoralité des Hurons, leur attachement à la coutume du pays et les épidémies qui ravagent le pays.
les Iroquois se préparent à l’anéantissement des Hurons

« Iroquois allant à la Découverte », 1796.

Le contact avec les Européens fut souvent funeste aux Amérindiens, qui succombèrent par dizaines de milliers des virus apportés d’Europe. Ces épidémies rendent insupportable la présence des missionnaires étrangers dans les tribus. La rivalité entre les Hurons et les Iroquois sera plus dramatique encore pour Jean de Brébeuf. Alors que les fourrures se font rares sur leur territoire, les Iroquois décident d’intercepter les riches convois hurons. Avec l’appui des Hollandais, qui leur fournissent des centaines de mousquets, les Iroquois se préparent à l’anéantissement des Hurons et par là-même de la Nouvelle-France.

L’apôtre au coeur mangé

Les années 1647-1648 marquent, selon le Dictionnaire biographique du Canada, « le commencement de l’extermination de la Huronie ». Saint Louis, où travaille Jean de Brébeuf, est finalement attaquée par les Iroquois en mars 1649. Le missionnaire est aussitôt fait prisonnier et subit l’une des plus atroces tortures des annales du christianisme, dont le récit nous est parvenu grâce à un compagnon caché non loin de là. Décharné, brûlé, écorché, amputé, Brébeuf fut aussi ébouillanté « en dérision du saint baptême ». Réduit à 600 âmes, le peuple huron fuit jusque sur l’île d’Orléans, au large de Québec. L’apostolat de Jean de Brébeuf dura donc quinze ans et s’éteignit avec la mort du missionnaire. « Deux extrêmes s'harmonisent en lui, a écrit René Latourelle, d'une part, l'homme réaliste, ami de la tradition et humble religieux, et, d'autre part, l'apôtre ardent, énergique, s'offrant à tous les martyres et à toutes les folies de la croix ». Il fut béatifié par Pie XI en 1930 et reste l’une des plus célèbres figures de l’histoire canadienne.

Martyre de Jean de Brébeuf, à droite et de Gabriel Lalemant, à gauche. Cornelius J. Jaenen. © Bibliothèque et Archives Canada.

Un fin compositeur ?

On attribue à Jean de Brébeuf la composition du chant de Noël Jesous ahatonnia (Jésus est né). Ce chant écrit en langue huronne (wendat), composé vers 1641, est considéré comme le plus ancien chant de Noël canadien et fait encore partie des classiques de la musique sacrée du pays. Il semble que l’air ait été emprunté à la chanson du XVIe siècle « Une Jeune Pucelle ». Nous remercions l’Ensemble Claude-Gervaise de nous avoir permis de mettre ce morceau en ligne. Cette interprétation est jouée sur des instruments anciens.

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