La plantation d’un arbre de la liberté en 1790 (Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826))

La plantation d’un arbre de la liberté en 1790 (Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826))

Bayeux ne fut pas épargnée par la ferveur révolutionnaire de 1789. D’ordinaire très calme et catholique, la capitale du Bessin organisa en juillet 1793 ou 1794 une grande fête de l’Être suprême,  nouveau Dieu institué par la Révolution française.

À la fois fasciné et perplexe, l’historien du XIXe siècle Auguste-Eugène-François Chigouesnel a fait le récit de ces quelques heures de fête civique. Le peuple révolutionnaire se livrait alors « à tous les transports de la joie et de l’espérance ». « Toutes les maisons de la ville étaient décorées de branches de chêne et de fleurs, raconte-t-il; les mères de familles vêtues de blanc avec des ceintures tricolores présentaient leurs enfants aux magistrats municipaux et les mettaient sous la protection de la divinité et de la loi, tandis que les vieillards, tenant d’une main une pique, et de l’autre leurs petits enfants, répétaient à chaque station le serment de les rendre vigoureux pour défendre la patrie ».

Une jeune fille élue « déesse de la liberté »

Le moment le plus solennel fut sans doute celui de la « plantation des arbres verts de la liberté ». Pour l’occasion, « toute la garde nationale était sous les armes, une troupe de jeunes gens portait des arbres décorés de fleurs et devançaient deux chars antiques solidement ornés, l’un rempli de vieillards, l’autre de soldats en convalescence ». Un troisième char en bois portait la « déesse de la liberté », représentée par « une jeune fille coiffée du bonnet phrygien d’où s’échappaient des cheveux épars, vêtue d’une légère tunique blanche, drapée d’un manteau bleu ciel, et foulant sous ses pieds les insignes de la religion et de la royauté ».

Trois arbres furent plantés, selon l’historien, sur les place de la Liberté, de l’Égalité et en haut du quartier Saint-Floxel. Une fois entré dans la cathédrale, rebaptisée Temple de la Raison, on plaça solennellement la déesse de la liberté sur l’autel. Puis les citoyens et les citoyennes, se tenant fraternellement la main, formèrent dans les sanctuaire des rondes et des danses :

« Dansons la carmagnole
Vive le son, vive le son
Dansons la carmagnole
Vive le son du canon ! »
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