Bayeux-By-pass
Le premier « by-pass » de Bayeux, que des centaines de convois britanniques ont emprunté pendant la guerre.

Il y a dix ans, à l’occasion du 60e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, la chaîne britannique BBC a recueilli le témoignage de milliers d’anciens combattants. L’une des 47 000 histoires enregistrées est celle de Roy Young qui a voulu raconter « sa » guerre avec les Royal Engineers, les soldats du génie de l’armée britannique.

Roy Young se souvient bien de son passage à Bayeux et de la mission qui fut confiée, à lui et à ses camarades, dans l’une des rares villes épargnées du Calvados. Il découvrit la ville quelques jours à peine après le Débarquement.

« Pendant que nous étions à Bayeux, se souvient-il, mon ami Bert a appris la mort de son père. Il est allé se recueillir dans la cathédrale de Bayeux le même jour que la cérémonie organisée pour son père à Wolverhampton. Cela l’apaisa. Nous pûmes aussi jeter un coup d’oeil à la magnifique Tapisserie (ce que conteste la conservatrice du Musée, au pied de cet article, ndlr)».

Comme des milliers d’autres soldats, Roy Young a traversé la Manche dans la nuit du 5 au 6 juin et débarqué à Juno Beach, « en proie au carnage et à la destruction ».

« Prendre une douche, quel luxe ! »

Bayeux, malgré sa position géographique centrale, est épargnée par les combats et permet aux blessés d’être soignés, aux soldats de se reposer. « Une grande tente avait été construite, nous y entrions par un côté, y prenions notre douche et ressortions de l’autre côté avec des vêtements propres. Quel luxe ! ». Des tranchées profondes d’un mètre ont été creusées dans les champs alentours. Remplies de pailles, elles forment des couchages rudimentaires, mais Roy assure avoir plutôt « bien dormi ».

C’est le 18 juin que notre soldat du génie commença à travailler sur le projet routier de Bayeux. Il s’agissait alors de construire ce que l’on connaît encore aujourd’hui sous le nom de « bypass », « la rocade ». Les Bulldozers entrèrent en piste les premiers, pour dégager et niveler le terrain. Puis l’on déposa au sol des rouleaux de grilles Somerfield : « c’était un grillage extrêmement solide renforcé à intervalles réguliers par des barres en acier », explique Roy.

« Tout ça reste encore aujourd’hui sous la route qui entoure Bayeux ! », s’exclame fièrement Roy Young. Heureusement, les convois militaires sont  un peu moins nombreux…

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Le commentaire de Sylvette Lemagnen, conservatrice de la Tapisserie du Bayeux
« Non, Roy Young ne peut pas avoir admiré la Tapisserie »

Le témoignage apporté par Roy Young met en lumière la fragilité des souvenirs. Roy Young ne peut pas avoir admiré la Tapisserie de Bayeux car, suivant la date où il se trouvait à Bayeux, elle était conservée soit à Sourches, dans la Sarthe, soit à Paris, au musée du Louvre.

Qu’a-t-il vu ? Une reproduction ? J’ai déjà entendu parler d’une reproduction de la Tapisserie exposée dans la cathédrale de Bayeux pendant la Seconde guerre mondiale, mais je n’ai jamais trouvé de témoins pouvant me la décrire. Toutes les personnes que j’ai interrogées sont certaines, comme Monsieur Young, d’avoir vu, voire d’avoir touché (!) la Tapisserie…