On dit que des vents contraires ont empêché Guillaume le Conquérant de traverser la Manche pendant près de trois mois. Difficile à croire. Histoire Normande décrypte l’un des secrets les mieux gardés de la conquête de l’Angleterre.

Guillaume, duc de Normandie, n’était pas le seul à contester la montée de Harold sur le trône d’Angleterre en janvier 1066. Fils d’illustres lignées, plusieurs prétendants étaient convaincus de leur légitimité : Harald le Sévère, roi de Norvège, Sven Estridsen, roi du Danemark, Edgar Ætheling, petit-fils du dernier roi anglo-saxon Edmond Côte-de-Fer et enfin Tostig, l’un des frères d’Harold.

Guillaume devait donc jouer serré et engagea dès janvier 1066 une intense activité diplomatique dans toute l’Europe de l’Ouest. L’enjeu était de s’assurer le soutien, au moins temporaire, de quelques-uns de ces prétendants, et de connaître les plans de ses adversaires. Deux camps principaux se forment au cours de l’année 1066 contre Harold II d’Angleterre : celui de Guillaume, que rejoint Tostig, et celui d’Harald le Sévère, qu’on surnomme souvent « le dernier des Vikings ».

Les deux hommes savaient qu’Harold était un guerrier d’exception, à la tête d’une puissante armée et d’une flotte imposante. Celui qui, de Harald de Norvège ou de Guillaume de Normandie, allait affronter Harold le premier, s’exposait à une bataille extrêmement rude.

« Ici les chevaux sont sortis des navires » – Musée la Tapisserie de Bayeux

Le roi de Norvège fit donc patienter ses trois cents navires dans les îles Shetland, espérant que Guillaume lancerait l’offensive le premier et attirerait les troupes d’Harold dans le sud du pays. Mais notre duc avait eu la même idée ! Il prétexta que des vents défavorables l’empêchaient de traverser la Manche. Ce mensonge fut si bien gardé que beaucoup de livres d’histoire parlent encore aujourd’hui des « vents contraires » bloquant la flotte de Guillaume. Il est fort peu probable, a remarqué l’historien Pierre Bouet, qu’il n’y ait pas eu du 10 juillet au 28 septembre sur les côtes normandes un vent de 8 ou 9 heures venant de l’Est pour permettre la traversée.

Le mensonge de Guillaume fonctionna à merveille puisque Harald de Norvège s’engagea le premier et fut défait à la bataille de Stamford Bridge. L’armée du roi d’Angleterre était victorieuse, mais affaiblie. Guillaume pouvait enfin abattre ses cartes…

Pevensey Bay, où la flotte de Guillaume a peut-être accosté. Photo : windyb

Photo-titre : Vikings à Pressagny, Jean Pierre Belot

 

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