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En 1046, le pouvoir du jeune duc est menacé. De puissants seigneurs normands complotent contre lui. Faut-il être fou pour croire encore en ses chances ? Peut-être bien...

Quand son père, Robert le Magnifique, meurt au retour d’une croisade en Terre Sainte, Guillaume n’a que huit ans. Unique hériter de Robert, il est le fils d’Arlette, issue d’une modeste famille de tanneurs de Falaises. L’autorité de ce «bâtard»  sur le puissant duché normand est vite contestée. Pendant dix ans, Guillaume voit disparaître beaucoup de ses proches, foudroyés par des poisons, pourfendus pendant des combats. En 1046, il a une vingtaine d’années, et affronte sa première grande épreuve.

Les principaux conjurés, traditionnellement hostiles à la politique d’assimilation menée par les ducs, sont Renouf, vicomte du Bessin, Néel, vicomte du Cotentin, Haimon, baron de Creully et de Torigni, Raoul Tesson et Grimoult du Plessis.
"Vous êtes tous morts !"
Ils ont décidé de profiter d’un séjour de Guillaume au château de Valognes pour mettre leurs plans à exécution : faire tomber Guillaume. Ce complot, les seigneurs félons l’ont longuement discuté entre eux, en présence d’un jeune idiot dont la folie servait à les distraire. Il s’appelait Goles. Devant ce «fou», les traitres ont parlé librement, sans défiance. Goles semblait ne rien comprendre à leurs discours. Issu d’une honorable famille de Bayeux, Goles s’était pourtant lié d’amitié avec Guillaume pendant l’enfance. Ils avaient partagé de nombreux jeux et le duc lui avait parfois offert des bijoux et de riches vêtements. Tandis que les conjurés détaillaient leurs plans maléfiques, Goles, l’air de rien, ouvrait grand ses oreilles. En cette nuit de 1046, à Valognes, Guillaume s’apprête à fermer l’oeil. Il est tard, les gens de son entourage ont quitté la cour pour rejoindre leurs chambres. «C’était l’heure du premier sommeil», écrit le poète médiéval Wace. Mais voilà que soudain un homme se met à crier à la porte. C’est Golès qui tambourine avec son gourdin : «Ouvrez, dit-il, ouvrez, ouvrez ! Vous êtes tous morts, levez-vous, levez-vous ! Où es-tu Guillaume ? Pourquoi dors-tu ? Si tu te laisses prendre, tu es mort. Tes ennemis vont s’armer : s’ils peuvent te trouver ici, tu ne sortiras jamais du Cotentin et tu ne vivras pas jusqu’à demain matin». Guillaume est glacé d’effroi. Golès ne peut mentir. En braies et en chemise, il quitte sa chambre, entoure une cape autour de son cou et saute à cheval. Mais où peut-il trouver refuge ? À suivre...