Le mois de juillet 2012 restera-t-il dans les annales météo comme l’un des plus pluvieux de l’histoire normande ? Rien n’est moins sûr. S’il fallait encore des preuves des caprices du soleil pendant les étés normands, un petit saut de quelques siècles en arrière convaincra les derniers optimistes.

Consigné entre 1549 et 1562, le journal personnel du sir de Gouberville, gentilhomme campagnard du nord du Cotentin, est un témoignage exceptionnel sur la vie de l’époque. Et certains détails n’ont pas changé : la pluie y est omniprésente, au creux de l’hiver comme en plein été.

Sur les 520 allusions à la météo du journal, 431 portent sur le mauvais temps, c’est-à-dire 70% ! Même en pleine année de sécheresse, comme en 1556, le relevé des jours de pluie est plus élevé que celui des jours ensoleillés. «Il pleuvait fort, il pleut la relevée, il pleut tout le jour, la pluie nous chassa», écrit Gouberville. Plusieurs fois revient la phrase «Il pleut merveilleusement», jolie façon de dire qu’il pleut beaucoup trop.

Si cela peut consoler les actuels vacanciers normands, sachez que des étés pourris, le sir de Gouberville en a aussi connus. Tel cet été 1555, au cours duquel «il fit grand froid et vent d’amont tout ainsi que s’il eut été les avents de Noël». D’avril à septembre, un déluge d’eau glacée s’abat sur le Normand. Le 3 août, Gouberville écrit qu’«il pleut le plus impétueusement que je vis onques (jamais) près d’une heure», à tel point que les rues de Cherbourg se trouvent inondées.

Comme l’explique Madeleine Foisil, historienne, «les faucheurs qui, d’ordinaire, sont aux foins dès la fin de juin, ne firent leur première coupe que le 14 juillet». Inquiet, Gilles de Gouberville se rend aux champs le 17 août pour voir si les blés sont mûrs. Ce n’est qu’un mois plus tard que les derniers froments et avoines seront rentrés dans les granges… L’été suivant fut un peu plus beau, même si à la mi-août, Gouberville écrit que la pluie d’orage le « mouilla tout au travers des accoutrements… et pour ce que j’étais fort mouillé, je m’en vins coucher céans (aussitôt)».

Espérons que nos longues pluies de juillet ne se prolongent pas, comme en 1555, «tout un an entier»…

Illustration : Max Mayorov