L’évêque de Bayeux fit tout son possible pour accueillir le « Prince des humanistes » à Bayeux. En vain. Mais la raison invoquée par Erasme est-elle vraiment la bonne ? Dans un ouvrage publié au début du XVIIIe siècle, l’historien Jean Hermant revient sur les tenants et les aboutissants de cet épisode oublié. « Louis de Canossa, explique-t-il, eut toujours une noble passion d’avoir auprès de sa personne des gens d’un mérite distingué. La profonde érudition d’Érasme faisait alors grand bruit dans le monde, et il était considéré comme le plus bel esprit de son siècle, mais son mérité était peu récompensé. Louis de Canossa ne fut pas plutôt nommé évêque de Bayeux, qu’il jeta les yeux sur le savant pour l’attirer auprès de lui. Il lui écrivit une lettre le 18 novembre 1518 dans laquelle il le prie de venir à Bayeux pour être le compagnon de ses études. En attendant qu’il reçoive quelque chose de meilleur, il lui offrait deux cents ducats par an, avec son entretien, celui d’un valet, et de deux chevaux ». Depuis Anvers, aux Pays-Bas, Érasme lui fait une réponse pleine de reconnaissance et de respect, « lui marquant le déplaisir qu’il avait de ne pouvoir satisfaire à des offres et des manières si engageants, parce qu’il était au service du Roy Catholique ». Le futur Charles Quint l’avait en effet « commis pour tenir la place du Chancelier de Bourgogne, qui était absent ». Est-ce la véritable raison de ce refus ? « Il est à croire, poursuit l’historien, que la principale raison qui empêcha Érasme de venir à Bayeux fut qu’il prévit le peu de résidence qu’y ferait Louis de Canossa, et que pendant son absence il ne jouirait pas de toutes les douceurs dont on le flattait ». C’étaient d’assez belles offres, lit-on dans un autre ouvrage, mais Érasme n’avait sans doute pas voulu « perdre sa liberté pour si peu de choses, ayant d’ailleurs de quoi subsister honnêtement ». De plus, Charles d’Autriche, souverain des Pays-Bas, venait d’ouvrir les yeux sur les mérites du savant en le nommant Conseiller d’État. Même François Ier, qui le sollicita deux fois en lui offrant des avantages considérables, échoua à le faire venir s’établir dans son royaume.