Chevaliers normands lors de la reconstitution de 2006 près d’Hastings

Il est des mots qui donnent du courage avant les combats et galvanisent au milieu de la bataille : le cri de guerre « Dex Aïe ! » est de ceux-là. Ce cri d’arme fut « l’enseigne de Normandie », le cri de ralliement des ducs. Les plus grands poètes normands le confirment, à la manière de Wace, chroniqueur du XIIe siècle.

« Ici le Duc Guillaume exhorte ses soldats ». © Musée de la Tapisserie de Bayeux

Les médiévistes proposent de traduire cette enseigne par « Dieu ! À l’aide ! ». Cette prière était à la fois une invocation à Dieu, un appel à l’aide et un cri d’encouragement. Elle permettait de lancer les charges de cavalerie et de se faire reconnaître dans le tumulte des combats.

Comment faut-il prononcer l’enseigne normande ?

Plusieurs prononciations se sont succédé au cours des siècles mais « il serait injurieux pour nos ancêtres », selon le philologue René Lepelley, de prononcer Dex Aïe ! comme si l’on venait de se faire piquer…

À l’époque de la bataille d’Hastings, Guillaume le Conquérant et ses combattants durent prononcer quelque chose comme « déous ! ayé !» et l’on propose donc de garder cet usage. Peut-être Guillaume le cria-t-il à Hastings, en levant son casque, quand certains crurent qu’il avait été tué par l’armée de Harold ? Une ancienne chronique raconte : « Normanz escrient : Dex Aïe, La gent engesche : Ut (out !) s’escrie ».

Dex Aïe ! Thor Aïe !

Autre temps, autre lieu. On a parfois écrit que ceux qui combattirent Guillaume à la bataille de Val-ès-Dunes en 1047 s’écrièrent Thor Aïe !, pour marquer leur attachement à la tradition nordique et leur opposition au Dex Aïe ! chrétien de Guillaume. Mais il s’agit probablement d’une confusion. Chaque seigneur avait sa propre enseigne et les ennemis de Guillaume ont sans doute crié Toirié !, en référence à Thury, chef-lieu de la seigneurie de Raoul Taisson.

Quoi qu’il en soit, Dex Aïe ne fut pas qu’un cri de guerre, il fut aussi un cri de joie. Un jeune moine du Mont-Saint-Michel écrit vers 1155 que, le soir de la dédicace par Aubert du premier sanctuaire du Mont, vers 709, « il y a avait de longues files de pèlerins marchant par les chemins. Jeunes filles et jeunes gens, chacun disait vers ou chansons. Ceux qui n’en savaient pas disaient : En avant ! Dex aïe ! En marche ! Que la joie était grande ! ».