Les 15 et 16 octobre derniers, se tenait à Battle, dans le sud de l’Angleterre, la reconstitution annuelle de la bataille d’Hastings. Ce combat, l'un des plus longs de l'histoire médiévale, vit la victoire de Guillaume le Conquérant sur Harold, dernier roi anglo-saxon du pays.

Les organisateurs ont accueilli plus de 400 figurants et reconstitueurs venus des quatre coins du monde. Bien des livres décrivent, dans le détail, le déroulement de ce combat épique, mais que sait-on des heures qui le précédèrent ? Comment les deux camps occupèrent-ils leur dernière nuit ? Et si l'histoire avait déjà choisi son gagnant ?

 
les Normands dorment les armes à la main

Le duc Guillaume apprit l’approche de Harold suffisamment rapidement pour se préparer. On peut même supposer qu’il apprit la nouvelle de l’arrivée de Harold le jour précédent la bataille, c’est-à-dire le 13 octobre. Le chroniqueur Guillaume de Poitiers raconte que les cavaliers normands vinrent avertir Guillaume de l’avance rapide de Harold, alors que la plupart des Normands étaient encore occupés à chercher des provisions. La tension monte et le duc de Normandie, craignant une attaque nocturne, ordonne à son armée de rester les armes à la main jusqu’à l’aube suivante. "Toute la nuit, les Normands prient, toute la nuit les Saxons hurlent", raconte un poète pro-normand.

Religieux chantant avant la bataille. © Tancread 2004

Harold l'infatigable

Et Harold, qu'a-t-il fait de sa dernière nuit ? Un chroniqueur médiéval l’a décrit marchant avec ses troupes, des heures durant, pour être présent sur le champ de bataille au petit matin. C’est peu probable : les troupes anglo-saxonnes avaient déjà parcouru près de 500 kilomètres depuis Londres et profitaient sans doute d'un peu de repos.

Cette précision est d’une importance capitale. Elle signifie d’abord que Guillaume n’allait pas subir une attaque surprise, il savait où se trouvait l’armée de Harold et pouvait donc prendre l’initiative. Cela signifie aussi que Harold ne pouvait pas choisir le lieu du combat bien à l’avance. Certains guerriers auraient même désertés l’armée saxonne, effrayés par la seule vue du champ de bataille. Ce qui avait fait la victoire de Harold contre les Vikings trois semaines auparavant, cette tactique de la surprise et de la prise d’initiative, allaient cruellement lui faire défaut contre Guillaume, le 14 octobre 1066.

Photos : Shaun Dunphy cc