Churchill lui avait interdit de rentrer en France mais c’est à l’aube du 14 juin 1944, que le général de Gaulle quitte Portsmouth pour la Normandie. À mesure qu'il se rapproche des côtes normandes, le fondateur de la France libre apparaît morose. Les Alliés se préparent à mettre en circulation une nouvelle monnaie et entendent imposer leur propre administration sur le pays. À Paris, le maréchal Pétain vient de recevoir un accueil triomphal. Sera-t-il lui aussi le bienvenu en France ? « Les enfants m'entourent, les femmes sourient et sanglotent. Les hommes me tendent les mains. Nous allons ainsi tous ensemble, bouleversés et fraternels, sentant la joie, la fierté, l'espérance nationales, remonter du fond des abîmes », raconte le Général dans ses Mémoires de guerre. Un journaliste britannique, impressionné par la foule qui se masse sur son passage, confirme qu’à Bayeux, « tout au long de la rue, les maisons s’ouvraient et les gens se mettaient aux fenêtres pour l’acclamer ».     Hissé sur une estrade, de Gaulle s’adresse aux 2000 Bayeusains rassemblés sur la place du château, qui porte aujourd’hui son nom. C’est son premier discours en terre de France : « Ce n'est pas le moment de parler d'émotion, lance-t-il. Notre cri, maintenant comme toujours, est le cri du combat. Je vous promets que nous continuerons la guerre jusqu'à ce que la souveraineté de chaque pouce du territoire français soit rétablie. Personne ne nous empêchera de le faire ».
La voie de la reconquête
Applaudissements et cris de joie. « Avec ses quinze mille habitants, explique l’historien Jean-Luc Barré, Bayeux était à tous égards une place symbolique. Une semaine après sa libération, la ville est placée sous la double tutelle de l'administration vichyste et d'une équipe d'officiers américains et britanniques. Il faudra l'irruption de De Gaulle et des siens pour précipiter l'évolution des choses ». Maître dans l'art du fait accompli, de Gaulle a obtenu le plébiscite qu'il en escomptait. Preuve est faite vis-à-vis des Alliés de la popularité dont il dispose auprès des Français. La voie de la reconquête était plus que jamais ouverte.