Loup armé. Pontifical à l'usage de Beauvais, adapté à l'usage de Lisieux, deuxième quart du XIIIe siècle.

Le mythe du loup-garou est l’une des plus anciennes légendes de l'histoire. La transformation de l’homme en loup est omniprésente dans l'imaginaire de l’homme médiéval. Cependant, la foi chrétienne du Moyen-Age porte sur cette transformation un regard moins bienveillant que celui des auteurs antiques. Le loup-garou devient une incarnation du Mal et ceux touchés par ce mal se chargent des pires caractères de l'animalité : agilité, ruse, cruauté. Sa transformation dure de trois à sept ans, et l’on ne peut délivrer le maudit qu’en le blessant avec une clef « jusqu’à effusion de sang ». Le terme "loup-garou" fut employé pour la première fois au XIIIe siècle par l’écrivain Guillaume de Palerme et signifie "loup-homme". En latin, le mot "vir" signifie "homme", à la même origine que "wer", en germanique, qui devint warou puis garou. Ce mythe est très répandu en Normandie. La présence scandinave y est peut-être pour quelque chose puisque les plus anciennes sagas du Nord ainsi que le livre de l'Edda, poème en vieux norrois, parlent souvent d'hommes transformés en loups et en chiens. Au XIIe siècle, les trouvères normands appellent les hommes transformés en loups "garwall", et les anciens Bretons les désignent sous le nom de "bisclaveret".
"Bisclaveret ad nun en Bretan Garwall l'apelent li Norman;" Poésie de Marie de France (XIIe siècle)
À Bayeux, on dit avoir aperçu le « Rongeur d’os », fantôme semblable à un grand chien rôdant pendant les nuits d'hiver dans les rues de la ville. Pour certains, c’est un homme « changé en loup par la puissance de quelque sorcier ». Comme pour le loup-garou, l’unique moyen de lui faire reprendre sa forme humaine est de le blesser pour qu’il répande du sang. D’anciennes lois normandes réclamaient que les coupables de certains crimes soient « loups », « warqus esto », c’est-à-dire tués comme un loup.
la terreur du paysan et du chrétien

Homme luttant contre un loup. Bréviaire à l'usage de Besançon XVe siècle.

L'un des plus célèbres traités de sorcellerie du Moyen-Age, Les Admirables Secrets d'Albert le Petit et le Grand, écrit par un moine dominicain du XIIIe siècle, propose une étonnante recette pour gagner en agilité et en souplesse : « Vous prendrez un morceau de cuir de peau d’un jeune loup, dont vous ferez deux jarretières sur lesquelles vous écrirez « Abumalith cades ambulavit in fortudine sibi illius » avec votre propre sang. Et vous serez étonné de la vitesse avec laquelle vous cheminerez, étant muni de ces jarretières à vos jambes ». Dites-nous si cela marche !