C'est un guide à l'usage des touristes du XIXe siècle qui partaient à la découverte de la Normandie en calèche ou en cabriolet. Dès les premières pages, son auteur commente la « réputation de beauté dont jouissent les femmes de certaines parties de la Normandie ». Morceaux choisis...

Coiffes de Louviers (Eure)

Publié en 1864, le Guide du Touriste en Normandie d’Émile Tessier rencontra un franc succès. Pourquoi ? Parce que, raconte Tessier, il ne s'était « point drapé dans les plis d'une érudition transcendante, d'un style velours et soie. Sans paillettes sur son habit, il venait à chacun la main tendue - une bonne grosse main de paysan Bas-Normand ». Il est vrai que c'est ce qui fait tout le charme, et parfois le ridicule, de cet ouvrage un tantinet moqueur mais toujours bienveillant puisqu’il est écrit par « un enfant du pays ». Dans les premières pages du guide, Émile Tessier s’attache à décrire le caractère et les moeurs de ces Normands « à la fois forts et braves », qui n’ont ni la « faconde du Méridional », ni la « volubilité légère du Parisien ». Des moments savoureux.
"Grâce féminine, jolis minois"
Certes, les Normands ont le fâcheux défaut d’engager des procès pour la moindre dispute, mais ce léger travers moral se trouve largement corrigé par une grande qualité physique : « la réputation de beauté dont jouissent les femmes de certaines parties de la Normandie ». Juste après les habitantes du Pays de Caux (Seine-Maritime) qui « brillent au premier rang », viennent les filles des environs de Caen et de Bayeux. Les Granvillaises ont selon Tessier la peau la plus délicate, le profil le plus pur et la physionomie la plus enjouée. Mais si elles ont ce surcroît de « grâce féminine », elles restent « moins majestueuses » que les demoiselles de Bayeux. Les femmes normandes se distinguent par la diversité de leurs coiffures qui atteignent dans certaines parties de la Manche « des dimensions extravagantes », mais forment une simple auréole en dentelle du côté de Caen. Malheureusement, déplore Tessier, l’affreuse coutume du bonnet de coton règne en maître à Caen, Falaises et Bayeux : « tant pis pour les minois de ces contrées, le ridicule de la coiffure détruit l'effet de leurs charmes souvent réels ». Certaines dames allaient jusqu’à porter d’énormes chignons en faux cheveux, « dont la grosseur était en rapport avec leur fortune ». Fort heureusement, ironise Tessier, cette mode a quitté la Normandie et n’existe plus guère qu’à Paris où plutôt que de grossir la masse des cheveux naturels elle sert, hélas, « à en cacher la perte »... À découvrir, de nombreuses photos et cartes postales de coiffes normandes, sur ce blog.