Treize millions de mines et dix-sept millions de projectiles ont été retirés et détruits en France entre 1944 et 1947. En Normandie, dès le mois deux mois à peine après le Débarquement, une unité du génie est chargée de nettoyer la région, infestée par les mines et les obus qui n’ont pas explosé.

Ce travail de titan, les sapeurs du génie y ont été formés dans la «Mines School» de Bayeux, une école de déminage soutenue par le Royal Engineer de l’armée britannique. Ces soldats volontaires du 3e bataillon du génie, viennent surtout de Normandie, de Paris et de Mayenne. Ils ont souvent moins de vingt ans.

Entre septembre 1944 et octobre 1945, ils vont relever, au péril de leur vie, plus de 60 000 mines. Il y a les «S-Mines», qui explosent à un mètre du sol et sabre dans un rayon de vingt-ciq mètres avec leurs billes d’acier. Il y a aussi les mines métalliques, les anti-chars, surpuissantes mais décelables grâce à un simple détecteur électromagnétique. Mais il y a enfin les innombrables mines en verre, en béton ou en bois imaginées par la Wehrmacht et qui sont totalement indétectables avec le matériel habituel.

L’historien Benoît Jeanne, dont le père a fait partie du 3e bataillon, a recueilli les témoignages de ces soldats oubliés, ces rescapés du déminage. Originaire de l’Orne, Jean Cholet avait vingt ans quand il s’est engagé dans le génie.
«Arrivés à Bayeux, nous fûmes immédiatement transformés en tommies (soldats britanniques), depuis les leggins jusqu’au casque plat. Nous logions dans les greniers des abattoirs, au-dessus des troupeaux de vaches destinées à être abattues. Quel vacarme ! Nous avions de la paille pour lit, du savon et de la nourriture convenable. L’instruction fut excellente mais trop courte : huit jours seulement. Mon premier contact avec les explosifs s’est d’ailleurs assez mal terminé. Au cours du dernier exercice de déminage sous tir réel, je me suis gravement brûlé la main en voulant neutraliser une fusée éclairante terrestre. Le métier rentrait… mais ma main s’en est longtemps ressentie».

Jean Cholet a aussi raconté à l’historien Benoît Jeanne l’un de ses déminages presque ordinaires.
«Nous déminions la baie de la Dives, à l’est de Cabourg. Dans le sable, nous découvrons des «Holz Mines», en grande quantité. Ces mines antichars en bois, donc indétectables, son très puissantes. Elles contiennent six kilos d’explosifs qui deviennent très dangereux quand les tétons en bois de retenue du couvercle pourrissent. Notre travail avançait, le stock de mines relevées s’accumulait : c’est alors que derrière une petite dune qui nous coupait l’horizon, une énorme explosion se produisit, suivie de cris déchirants. Il nous fallut atteindre le sommet de cette dune pour voir apparaître une femme en sanglots : «mon mari ! Mon mari !» Le pauvre homme venait de sauter. Nous lui demandons le pourquoi de leur présence sur ce terrain miné, qui était parfaitement signalé. Nous apprenons la triste vérité. Ces pauvres gens, pour pouvoir se chauffer, déterraient ces mines en bois, les vidaient de leur charge et emportaient l’emballage».

Les jeunes démineurs ont parfois été témoins d’évènements plus cocasses :
«Un soir, le sergent Paul Ricard avait eu la malencontreuse idée d’inspecter seul les jardins minés du Grand Hôtel d’Houlgate. Alors qu’il revenait de sa randonnée, il se plaignait d’avoir mis le pied sur un clou qui avait pratiquement traversé sa semelle. Nous l’avons aidé à arracher ce bout de métal parasite. C’est là que nous avons découvert que cette fameuse pointe n’»tait autre qu’un élément d’antenne d’un allemeur de «S-Mines», ces fameuses mines bondissantes qui ont causé la plupart de nos malheurs. Ce jour-là, l’allumeur n’avait pas fonctionné…» Le sergent Paul Ricard fut malheureusement victime d’une mine similaire, le 17 mars 1945. Le déminage après guerre en France a coûté la vie à 2500 personnes et fait près de 5000 blessés.

Le déminage en images

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Dégâts causés par une mine à l'est de Saint-Lô, le 20 juillet 1944.

Source des images : PhotosNormandie
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