Trésor gaulois récemment découvert à Ifs (Calvados)

La très riche collection de monnaies gauloises de Bayeux est une source majeure de l’histoire de la Normandie gallo-romaine. Pourtant, elle pose de grandes questions aux numismates les plus avertis. 

L’or des mercenaires

Les fouilles archéologiques menées en août 2010 au numéro 10 de la rue Franche, à Bayeux (photo ci-dessous), ont permis d’exhumer plusieurs tessons de poterie, quelques belles dalles calcaires romaines… et une pièce de monnaie. Une première analyse a permis de dater cette pièce représentant l’empereur Domitien du 1er siècle ap. J.-C. Peut-être rejoindra-t-elle la médiathèque municipale de Bayeux, qui possède déjà l’une des plus importantes collections de monnaies gauloises en Normandie. Ce monnayer regroupant près de 80 pièces anciennes est véritable trésor pour les numismates et spécialistes de l’Antiquité. Les plus anciennes pièces remontent au IIIe siècle av. J.-C., époque à laquelle le monde celtique adopte la monnaie frappée. On imita d’abord les monnaies des civilisations méditerranéennes, celles frappées sous le règne de Philippe de Macédoine par exemple.

Le champ de fouilles (août 2010)

D’où vient cette si grande influence des lointains Grecs sur l’art de frapper la monnaie en Gaule celtique ? Plusieurs facteurs d’explications sont envisageables et se sont sans doute conjugués. Il y a près de 2400 ans, les relations économiques entre Celtes et Grecs se développent le long des côtes maritimes. Des navigateurs-négociants cherchent de nouveaux ports et débouchés commerciaux. Ils suivent les routes maritimes décrites par Pythéas, l’un des plus anciens explorateurs scientifiques, qui poussa  peut-être son navire jusqu’en Islande.

Trésor gaulois récemment découvert à Ifs (Calvados)

des mercenaires gaulois âpres au combat

La seconde explication est de nature plus militaire. Les rois de Grèce n’hésitaient pas à recruter des mercenaires gaulois réputés âpres au combat. Cet usage perdura pendant des siècles puisqu’en 207 av. J.-C., Hasdrubal (frère d’Hannibal) engagea une division gauloise pour intimider l’ennemi romain. Ces mercenaires exigent souvent d’être payés en or et en monnaie. La cité de Carthage offre ainsi à chaque gaulois « une pièce d’or pour ses besoins immédiats », de quoi patienter avant la bataille.

Mais une question demeure : à quoi servaient ces pièces une fois rapportées en Gaule ? Car leur grande valeur et leur rareté ne permettait pas de les utiliser pour des petites transactions commerciales.

À quoi ces monnaies servaient-elles vraiment ?

L’une des questions récurrentes, l’une des plus essentielles aussi, est celle de l’utilité de ces pièces de monnaies, trop rares et de trop grande valeur pour être utilisées comme nos pièces d’aujourd’hui. Les statères d’or de près de 8 grammes rapportées par les mercenaires gaulois n’étaient pas vraiment adaptées à des échanges quotidiens. L’utilité de ces pièces pluri-millénaires est sans doute à chercher hors de nos repères et usages actuels. Si ces premières monnaies n’avaient pas pour but de faciliter le commerce local et les menus échanges, peut-être découlaient-elles alors d’échanges à long rayon ? La découverte de pièces provenant de l’Est de la Gaule à Caen ou Creully aurait pu justifier cette hypothèse. Mais de récents travaux ont montré qu’au IIIe siècle de notre ère, la Normandie restait encore à l’écart des principaux itinéraires commerciaux. La route des monnaies ne correspond pas à la circulation de biens marchands (comme les céramiques).

Atelier de frappe de monnaies gauloises (reconstitution). À gauche, les outils et les pastilles d’étain prêtes à frapper. Au centre, le coin monétaire en bronze. À droite, la matrice en bronze.

Ni utilisables localement, ni utilisées à grande échelle, à quoi servaient donc ces belles pièces d’or ? C’est justement dans la valeur métallique des premières monnaies que les spécialistes pensent avoir trouvé la réponse à cette énigme.

Bien plus qu’une valeur commerciale, la monnaie était alors reconnue par son potentiel symbolique : grâce à elle, les personnages de haut rang peuvent affirmer leur statut privilégié. Ces pièces sont donc surtout appréciées pour l’or qu’elles contiennent et le prestige qu’il apporte, bien plus que comme unité de calcul. « Ils aiment à se couvrir d’or, disait des Gaulois le géographe grec Strabon, portent des colliers d’or autour du cou, et les dignitaires s’habillent de vêtements pailletés d’or ».

indice de richesse… ou de pauvreté

À cette opulence répond une réalité moins clinquante, racontée par le grec Polybe : « leur avoir personnel ne consistait qu’en troupeaux et en or, parce que c’étaient les seules choses qu’ils pouvaient facilement emmener à leur gré dans leurs déplacements »…