625_001

Carte postale du début du XIXe siècle.

L’impressionnant tapis exposé en ce moment dans la cathédrale de Bayeux a sans doute célébré un évènement important : la venue de l’empereur Napoléon III à Bayeux en 1858.

C’est en effet en août 1858 que le premier train en provenance de Paris entre en gare de Bayeux. Abandonnant quelques jours son activité de critique d’art, l’écrivain Théophile Gautier est chargé par Le Moniteur de relater ce voyage inaugural auquel participe Napoléon III.

L’occasion est trop bonne de découvrir la région et Théophile Gautier laisse, à plusieurs reprises, filer le convoi impérial pour flâner dans les rues de ces villes où le train s’arrête pour la première fois. Relisons-le :

« À dix heures et demie, nous trouvâmes enfin place dans un wagon, que nous abandonnâmes à Bayeux, dont la silhouette, vue du débarcadère, nous plaisait fort. Une magnifique cathédrale […] s’y découpait, au-dessus des toits, d’une façon superbe, pavoisée de drapeaux et de bannières. Résister à une cathédrale est au-dessus de nos forces, et nous passâmes la journée à examiner celle-ci.

Une promenade solitaire

Nous voilà donc errant par les rues de Bayeux et laissant le train filer vers Cherbourg. L’aspect de la ville, même dans ce moment d’animation insolite, avait quelque chose de tranquille, de reposé, d’ecclésiastique, tranchons le mot. L’ombre de la cathédrale s’étend sur les maisons; les rues sont propres, silencieuses, presque désertes, et sous le sable répandu pour la fête pointe l’herbe, encadrement des pavés. Peu de boutiques, de longs murs de jardins, une promenade solitaire qui suffirait à une grande ville.

Des prêtres vont et viennent comme à Rome, et sur une enseigne nous lisons : Manuel, coupeur de soutanes. L’Église a là un grand centre. Dans notre époque d’anhélation industrielle, c’est une chose rare que de voir une ville paisiblement groupée autour de sa cathédrale, sans cheminées d’usine mêlées aux clochetons et s’étirant les bras dans ce doux ennui provincial qui n’est pas sans charme, et laisse du moins de longues heures à la rêverie. Tordu comme une paille par le tourbillon parisien, nous avons dit souvent que le Temps n’existait plus qu’en bronze doré sur les vieilles pendules.

Le Temps existe; nous l’avons retrouvé à Bayeux, très-bien conservé pour son âge ».