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Creusées à même la falaise, les cavités de Banville interrogent. Abreuvoirs ? Niches funéraires gallo-romaines ? Un historien a tenté de percer le mystère, il y a un siècle. Histoire Normande poursuit l’enquête.

Elles ne sont accessibles qu’à pied, par un étroit chemin terreux au milieu des bois de Banville, où la Seulles traverse paisiblement les champs du Bessin (plan ici). Creusées dans la falaise, dominant un vaste marais, de curieuses cavités attirent depuis près de deux siècles les amateurs d’histoire.

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À quoi pouvaient bien servir ces sept niches de 60 centimètres de haut, profondes d’une vingtaine de centimètres ? «Des abreuvoirs !», ont longtemps répondu les locaux, suivis par quelques historiens. Alerté par un des ses collègues, l’archéologue Léon Coutil a tenté, en 1917, de percer ce petit mystère.

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Dessin de L. Coutil. Cliquer pour zoomer.

La thèse de l’abreuvoir, il n’y croyait pas. Bon observateur, il a tout de suite remarqué que les cavités sont trop cabossées pour contenir du liquide. Et pourquoi aurait-on construit des abreuvoirs à quelques mètres d’une rivière ? Non, il fallait chercher la réponse ailleurs. S’armant de pelles, de brosses et de crayons, Léon Coutil entame une nouvelle fouille le 15 octobre 1917, sous les yeux du châtelain, propriétaire des lieux.

Les rats, les chiens et les chats

Devant les cinq plus petites cavités, il ne trouve rien. Devant les deux longues cavités, en revanche, les deux Normands recueillent un vase rose et gris, et une trentaine d’ardoises grises du XIIIe ou XIVe siècle. Elles étaient sans doute fixées sur un petit toit devant les cavités. Protégeaient-elles des urnes funéraires ? «Les niches funéraires, sont généralement enduites et peintes, encadrées de lignes colorées», fait remarquer Léon Coutil.

Peut-il alors s’agir de laraires, ces petites caves où les Romains posaient les statuettes de leurs dieux protecteurs ? Non plus, répond l’archéologue, qui a étudié dans le détail de nombreux laraires gallo-romains en France. Selon lui, les petites cases de Banville étaient destinées «à recevoir des vases ou des provisions, que l’on voulait simplement protéger contre les rats, les chiens ou les chats, comme cela se voit encore dans les caves ou celliers du Calvados».

Des niches à miel

Interrogé par Histoire Nomande, l’historien Julien Deshayes avance une autre hypothèse, celle de niches à abeilles, destinées à abriter des ruches en paille. De nombreux murs de ce type ont été construits au Moyen-Âge. Ils en restent quelques beaux spécimens en Provence, mais aussi en Normandie.

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Mur à abeilles de l’ancien manoir de l’évêque de Valognes. Photo: Julien Deshayes

 

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Le mur à abeilles de Tessy-sur-Vire

«Nous savons, par l’enquête agricole établie en 1852, que la Normandie bocagère, à l’instar de la Bretagne, possédait une production apicole très développée, explique Hubert Godefrey, conservateur du Bocage Normand. Le miel était la principale source de sucre avant l’arrivée au XVIIe et au XVIIIe siècle du sucre de canne en provenance des colonies.»

On a dénombré sept murs à abeilles en Normandie, répartis dans le Cotentin et le bocage Virois. «Les murs à abeilles découverts en Normandie sont construits dans le même matériau que les habitations, à savoir les matériaux disponibles sur place : pierre calcaire à Valognes et Saint-Marcouf, schiste à Saint-Georges-Montcop et argile à Tessy-sur-Vire et Saint-Lô».

L’un des plus beaux murs à ruches de Normandie se trouve à Tessy-sur-Vire, à quinze kilomètres au sud de Saint-Lô. Édifié vers 1810, ce mur comportait pas moins d’une centaine de ruches à l’origine (34 sont encore visibles aujourd’hui), ce qui en fait le plus grand mur à abeilles de France.●