Pièce jointe

De là-haut, vous auriez tout vu. Posée sur la falaise, à l’est d’Arromanches, la petite église de Saint-Côme-de-Fresné profite d’une vue plongeante sur la côte du Bessin. Le 6 juin 1944, elle a tout vu du débarquement britannique sur la plage de Gold Beach. Bien qu’endommagée par les tirs d’artillerie, le clocher de Saint-Côme fut le premier à faire sonner les cloches en territoire libéré, en début d’après-midi. Les Allemands étaient encore à Arromanches…

Le vétéran britannique Charles Hargrove, qui a émis le souhait de reposer dans le cimetière de la commune, raconte qu’il a dormi «sous les tilleuls du château de Saint-Côme» le soir du débarquement. «La propriétaire, une vieille dame, avait la réputation d’être originale. Elle s’était barricadée chez elle. On l’avait probablement prévenue qu’il fallait prendre des précautions contre les entreprises de la rude soldatesque anlo-saxonne», raconte Charles Hargrove, qui était officier de liaison.

Dans les environs, bien avant le Débarquement, l’église était connue des marins sous un autre nom : le Blanc Moutier (vieille expression signifiant «la blanche église»). Car l’édifice, dont les fondations remontent au XIIe siècle, a longtemps servi d’«amer», de repère, aux bateaux de pêche et de commerce qui longeaient les côtes.

«Quand tu vois le Blanc moutier, prends garde au rocher», dit le proverbe. Un dangereux banc rocheux, aujourd’hui réduit en simple îlot, menaçait en effet les embarcations, entre Arromanches et Asnelles. Un vaisseau espagnol, le Calvaire, s’y est brisé en 1588. Plusieurs clochers similaires au Blanc moutier, peints en blanc, parsemaient autrefois la côte normande. Certaines églises comme à Portbail on gardé cette couleur jusque dans les années 1920.

S’il a résisté à la guerre, le Blanc moutier n’est pas épargné par les assauts du temps et de l’air marin. La charpente en chêne est attaquée par les champignons, les murs laissent l’eau s’infiltrer, et la couverture… ne couvre plus grand chose. L’association du Blanc Moutier, créée en 2010, a lancé un programme de restauration, en s’appuyant sur des subventions et les dons des particuliers.