Au  nord du Cotentin, dans l’ancienne plus grande région potière de la Manche, l’atelier de Lionel Jean perpétue un savoir-faire ancestral.

La Normandie a produit trois grands types de poteries, dont chacun se rattache à une région et à une époque déterminée : la faïence de Rouen caractérise la Haute-Normandie, tandis que la basse-Normandie a traditionnellement fabriqué des poteries vernissées du Pré d’Auge (près de Lisieux) et, dans une aire géographique assez vaste englobant le Bessin, le sud du Cotentin, et la région de Domfront, des grès brun foncé. En Normandie, comme ailleurs en Europe occidentale, l’artisanat potier connait son apogée au XIXe siècle, avant de disparaitre presque totalement après la seconde guerre mondiale. Seuls quelques potiers-céramistes font encore vivre cet artisanat aujourd’hui.

Installé à Sottevast, dans le Nord de la Manche, depuis près de trente ans, le céramiste Lionel Jean s’est spécialisé dans trois types de réalisations : les épis de faîtages, les récipients pour le cidre et les sculptures de goubelins farceurs.

Découvrons la fabrication des traditionnels pichets et moques pour boire le cidre. Ces poteries d’usage courant (parce qu’elles touchent à l’alimentation, à l’hygiène et aux loisirs) sont de remarquables témoignages sur la vie quotidienne dans la campagne normande au XIXe siècle.

La poterie est un art très particulier. Elle est intimement liée à la nature : la matière première est la terre même, qui constitue l’argile. Pendant des siècles, le bois fut un élément tout aussi essentiel et les ateliers en utilisaient une grande quantité.

Bien qu’attaché aux méthodes traditionnelles, Lionel Jean a tout de même équipé son atelier d’un matériel à la fois plus confortable et plus moderne: un plateau tournant électrique et un four à haute température. Mais il fabrique lui-même la plupart de ses outils, son préféré étant une brosse souple réalisée grâce aux poils de son chien !

La plupart des poteries réalisées par Lionel Jean sont en grès. Le grès normand est aisément reconnaissable à sa couleur brun sombre (après cuisson bien sûr !).

 La poterie de grès est une terre cuite à très haute température (généralement au delà de 1200°C), ce qui permet à l’argile de débuter un processus de vitrification qui va rendre les vases presque imperméables. À la fin du Moyen-Âge, le grès en une production nouvelle : jusqu’au milieu du XIVe siècle les vases en terre cuite traditionnelle ne subissaient pas de température supérieure à 900°C. On recouvrait donc ces poteries d’une glaçure. Le grès a rapidement gagné une réputation de produit sain, gardant parfaitement leur fraîcheur aux aliments et principalement aux laitages.

Incontournables : le pot-cochon et le pichet-marquis

« C’est la pièce la plus demandée de l’atelier », confie Lionel Jean. Le pot-cochon est un objet pour le moins original et pittoresque. Ce pichet conserve bien le pétillant du cidre grâce à son sommet resserré et se révèle être d’une grande contenance. « Le pot-cochon servait à aller chercher le cidre au tonneau, explique le céramiste, son origine est de Saint-Jacques de Néhou, entre Briquebec et Saint-Sauveur-le-Vicomte ».

 

Après avoir façonné la partie bombée du pichet, le potier modèle la tête du cochon et scelle ensuite les deux parties. Le temps de séchage des pots dépend du taux d’humidité de l’air, donc de la météo. Lionel Jean s’approvisionne en argile à Noron-la-Poterie, haut lieu de la céramique normande depuis l’Antiquité gallo-romaine.

 

 

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