Figure de proue. Photo: Jamie Anderson

La flotte de Guillaume le Conquérant était ornée de somptueuses figures de proue en forme de dragons. Mais pourquoi ces ornements ont-ils été retirés des navires une fois arrivés en Angleterre ?

Trente-deux navires la traversent, tantôt à flot, tantôt en construction : la Tapisserie de Bayeux est une source inestimable pour la connaissance de l’art nautique dans l’Europe du XIe siècle.

Les différentes bandes de couleurs qui figurent la coque des navires indiquent que les bateaux de Guillaume étaient construits à clin, une méthode typiquement scandinave.

Autre preuve de l’influence viking sur les bateaux de la Conquête : leurs somptueuses figures de proue. Sur la Tapisserie, ce sont des têtes de dragons à la langue dardée et à la nuque ornée de boucles.

Voici les figures de proue de la Tapisserie, par ordre d’apparition.

La coutume consistant à placer une sculpture en forme de tête d’animal à la proue des navires est attestée dans les plus anciennes oeuvres littéraires norroises et fut largement répandue. Pourtant, aucune source écrite ne nous informe précisément sur la fonction de ces ornements.

Ne pas effrayer les esprits du lieu

Aucune chronique médiévale, aucune saga du Nord ne parle de dragons capables de terroriser l’ennemi, ni même de figures protégeant le bateau contre les périls de la mer. À quoi les figures de proues de la flotte de Guillaume servaient-elles donc ?

L’observateur attentif remarquera que juste après le débarquement sur la côte anglaise, tous les ornements des navires tirés sur le rivage ont disparu. Il ne reste, sur quelques bateaux, que la trace de l’emplacement des chevilles de fixation. Les figures de proue étaient en effet amovibles.

Pourquoi la flotte de Guillaume ôte-t-elle les ornements de ses navires ? La célèbre saga d’Egil, datant du XIIIe siècle, raconte que les esprits tutélaires de chaque pays, les « landvættir », sont frappés de terreur dès qu’ils aperçoivent des têtes d’animaux dirigées contre eux depuis le large.

Les premières lois d’Islande interdisaient même d’arborer des figures de proue menaçantes trop près du littoral, de peur que les génies gardiens du lieu ne s’affolent et ne plongent le pays dans l’instabilité.

Guillaume a-t-il voulu ménager les génies tutélaires d’Angleterre ? L’historien F.X. Dillmann s’interroge, et suppose que dans certains milieux nobles anglais, on se rappelait encore fort bien en 1066 de cette ancienne coutume du Nord.